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Qu’est-ce qui nous fait courir ? Le champion cycliste et philosophe Guillaume Martin-Guyonnet a lu “La Raison du sport” de Jean-Luc Marion
Guillame Martin Guyonnet, cycliste professionnel et philosophe. © Marco Bertorello/AFP
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Cet article est issu du numéro 196 de Philosophie magazine, en kiosque le 15 janvier 2026.
Cycliste professionnel et philosophe, Guillaume Martin-Guyonnet partait en stage d’entraînement au moment où nous lui avons adressé le nouvel essai de Jean-Luc Marion, La Raison du sport. Cours toujours. Il l’a emmené dans ses valises… et a pris plaisir à faire résonner les thèses du penseur avec son vécu.
Depuis quelques années, on voit apparaître dans le monde du cyclisme une discipline nouvelle, le gravel, mélange de cyclisme sur route, de cyclo-cross et de VTT. Dans la course à pied, on assiste à l’essor du trail et autres épreuves aux confluents de différentes pratiques. L’essai de Jean-Luc Marion, La Raison du sport, s’inscrit dans cet esprit : essai de philosophe, bien sûr, mais aussi récit autobiographique et témoignage de passionné, il s’affranchit des frontières de genres comme on balaie un obstacle en athlétisme.
Effacer la distinction entre possible et impossible
C’est d’abord une interrogation sur les limites : celles que l’on s’impose et celles que l’on dépasse, avec la joie que cela nous procure. Ah, le record ! Quel athlète n’a pas frémi sitôt la ligne franchie, une fois le dernier souffle d’effort ravalé, le muscle tétanisé, au moment de l’annonce du résultat : « Meilleur temps battu, votre performance est à proprement parler inédite. » Explosion, triomphe, la frontière, de quelques centimètres ou de quelques centièmes, a été repoussée ! Qu’on se rassure : le record n’a pas besoin d’être mondial ni national pour faire vibrer, il est peut-être même plus beau s’il est simplement personnel. Car ce qui compte, c’est d’avoir fait s’effondrer « la distinction entre le possible et l’impossible », de s’être affranchi d’une borne que l’on s’était un temps fixée. Cet art du dépassement est chose bel et bien incroyable, extraordinaire : elle est de l’ordre du « miracle » ou de la « révélation », soutient Jean-Luc Marion.