Nicolas Hulot/Edgar Morin : l’urgence écologique
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Cet article est issu du numéro 6 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 janvier 2007.
Edgar Morin et Nicolas Hulot, l’intellectuel critique et l’insurgé médiatique, évoquent le sentiment de nature et la maîtrise du vivant, l’éthique planétaire et les dégâts du progrès, le développement durable et la nécessité de ressusciter l’espérance.
L’impératif écologique est-il en train de devenir un nouvel impératif catégorique ? L’urgence climatique s’est en tout cas invitée dans la campagne électorale française. À côté de l’« ordre juste » de Ségolène Royal et de la « rupture tranquille » de Nicolas Sarkozy, le « pacte écologique » lancé par Nicolas Hulot s’est imposé comme une utopie réaliste plébiscitée par les citoyens et courtisée par les politiciens. Mais ce souci du monde vient de plus loin. De Jean-Jacques Rousseau à Hans Jonas, de Michel Serres à Edgar Morin, la conscience planétaire de la fragilité de la biosphère s’est peu à peu imposée. De René Dumont à Al Gore, du commandant Cousteau à Nicolas Hulot, la volonté de sauver la planète se fait aujourd’hui plus prégnante. Edgar Morin annonçait, dès 1972, « l’an I de l’ère écologique » et invitait, en 1983, à la solidarité avec la communauté de destin terrestre au sein de Terre-Patrie (avec Anne-Brigitte Kern, Seuil). Aventurier de l’extrême dans Ushuaïa, l’émission qu’il anime et produit sur TF1, Nicolas Hulot a pris peu à peu conscience de l’étroitesse de la planète et de l’ampleur des dévastations. Il a su alerter et fédérer les « énergies positives » autour de l’urgence écologique (Pour un pacte écologique, Calmann-Lévy. Voir aussi www.fondation-nicolas-hulot.org).
Cet échange est repris dans la réédition du livre d’Edgar Morin L’An I de l’ère écologique qui paraît ce mois aux éditions Tallandier.
Edgar Morin : Très jeune, j’ai été sensible aux Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau. J’adorais la mer, la montagne et longtemps je n’ai pu écrire que devant une fenêtre ouverte sur les paysages toscans. J’ai un besoin de nature ancré au plus profond de mon être. Mais c’est en Californie, en 1969-1970, que des amis scientifiques de l’université de Berkeley m’ont éveillé à la conscience écologique. En 1972, j’intitule une communication « L’An I de l’ère écologique », persuadé qu’un nouvel âge devait s’ouvrir face à la dévastation de la biosphère. Depuis, de l’assèchement de la mer d’Aral à la pollution du lac Baïkal, des pluies acides à la catastrophe de Tchernobyl, de la contamination des nappes phréatiques au trou dans la couche d’ozone dans l’Antarctique, le mouvement écologique a pris son essor et une première prise de conscience a suscité de grandes conférences internationales, comme celles de Stockholm (1972), Rio (1992) ou Kyoto (1997) qui n’ont malheureusement pas pu créer d’instances contraignantes. Le point d’orgue de cette série de dévastations est sans aucun doute le réchauffement climatique, vraisemblablement lié à nos activités techno-économiques, comme en témoignent aussi bien l’ouragan Katrina que l’automne clément que nous avons vécu en Europe. Il a fallu du temps pour que cette conscience progresse. Nicolas Hulot et sa Fondation ont su catalyser et incarner en France ce moment historique et critique.