Politique

Michaël Fœssel : “L’étrangeté fait partie de la victoire symbolique de l’extrême droite”

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Michaël Fœssel : “L’étrangeté fait partie de la victoire symbolique de l’extrême droite”

La députée du Rassemblement national (RN), parti d'extrême droite français, et candidate à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, le 7 avril 2022. ©Lionel Bonaventure/AFP

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Alors que l’arrivée au pouvoir en France de l’extrême droite semble inéluctable, le philosophe Michaël Fœssel et le sociologue Étienne Ollion, collègues à l’École Polytechnique, refusent de s’y résoudre. Ils s’interrogent sur le sens de ce qu’ils appellent Une étrange victoire (Seuil, 2024), en référence à la « bataille de France » de 1940, d’après le titre de l’ouvrage de l’historien Marc Bloch Une étrange défaite. Une inquiétante étrangeté ?


Vous avez écrit cet ouvrage en anticipant la victoire du Rassemblement national [RN] lors des élections législatives de juin dernier. Le fait qu’elle ne soit pas advenue ne vous a pas fait renoncer à le publier ? Ce n’est que partie remise ? 

Michael Fœssel : La victoire dont nous parlons avec Étienne Ollion n’est pas d’abord électorale, mais idéologique et, dans une certaine mesure, culturelle. Le livre était déjà largement écrit lorsqu’Emmanuel Macron a annoncé, à la surprise générale, la dissolution de l’Assemblée nationale. Nous avons bien sûr repris le texte à la lumière des événements, en insistant en particulier sur le fait que le paradigme du front républicain, que nombre de politiques avaient abandonné, a finalement tenu bon. Mais cela n’enlève rien aux victoires symboliques remportées par le RN depuis environ deux décennies. Ce qui nous a intéressé, c’est de comprendre comment ce parti s’est non seulement « dédiabolisé » mais a profité de transformations profondes dans la langue politique, en particulier sur des mots comme « république », « laïcité » ou même « démocratie ». Le RN a aussi tiré parti du fait que d’autres ventriloquent ses positions en matière d’immigration et d’insécurité. Cela lui a permis d’accélérer sa normalisation en se ralliant, du moins dans ses discours, à des éléments du libéralisme culturel, comme le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel. Sur tous ces points, les résultats des élections législatives de l’été dernier n’ont pas fondamentalement changé la donne. On le voit d’ailleurs dans la manière dont Marine Le Pen s’est imposée dans une position d’arbitre en regard du nouveau gouvernement. Je ne dirais pas que la victoire électorale de l’extrême droite est partie remise, mais il serait faux de dire que la partie ne fait que commencer et que les jeux sont totalement ouverts.

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