Théâtre

“Les Fausses Confidences”, de Marivaux : le Françon du succès

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“Les Fausses Confidences”, de Marivaux : le Françon du succès

“Les Fausses Confidences”, de Marivaux. Mise en scène d’Alain Françon. © Jean-Louis Fernandez

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Cet article est issu du numéro 188 de Philosophie magazine, en kiosque le 27 mars 2025.

Le metteur en scène Alain Françon monte Les Fausses Confidences de Marivaux, invitant malicieusement à débusquer la vérité de l'amour sous le masque des apparences et des conventions sociales… d’hier et d’aujourd’hui.

 

« Quand l’amour parle, il est le maître », et Alain Françon le sait, qui monte Les Fausses Confidences. À cette merveille sophistiquée de méprises et d’émotions, où les valets mènent le bal en servant l’extravagance de ceux qui aiment, le metteur en scène donne corps et voix. Il maîtrise la langue de Marivaux comme un virtuose son instrument ; il a trouvé chez lui son rythme. Sans fioritures, il s’accommode d’un décor sobre, presque abstrait – un vestibule où tous les protagonistes se croisent – et donne toute latitude aux acteurs d’exprimer ici la vérité sous le masque. Car « les hommes sont faux, mais ce qu’ils pensent dans le fond de l’âme perce toujours à travers ce qu’ils disent et ce qu’ils font », assure Marivaux dans Le Cabinet du philosophe. C’est ainsi que Dorante (Pierre-François Garel), épris de la riche veuve Araminte, entre au service de la dame comme intendant afin de gagner son amour. Son valet, Dubois (qu’interprète l’hilarant Gilles Privat), orchestre ce stratagème amoureux. Il le supervise en maître du quiproquo, à la fois jouisseur et joueur. Georgia Scalliet excelle, elle, dans le rôle de la veuve qui déjoue, mine de rien et l’air de tout, les avances du comte auquel elle est promise par sa mère – incarnée avec beaucoup d’humour dans la raideur par l’impayable Dominique Valadié. Tous font la part belle à cette langue huilée, qui nous révèle autant qu’elle nous trahit. Comme l’écrit le philosophe Claude Romano, dans un chapitre consacré au dramaturge dans Être soi-même, un essai sur l’authenticité, « ces “nouvelles” que chacun peut recevoir de soi sont celles que lui prodigue le sentiment, et dont l’esprit s’avise toujours trop tard, lorsqu’elles lui ont été déjà notifiées par le langage de la spontanéité et du corps. Le grand opérateur du devenir-soi, chez Marivaux, c’est donc l’amour ». Selon lui, « loin de ce babillage charmant avec lequel on le confond, ce qu’on appelle “marivaudage” est un jeu cruel visant à faire tomber les défenses pour se frayer un chemin vers les êtres ». Ce jeu de l’amour, il est âpre mais beau.

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