Cinéma

“Les Fantômes” : de Saidnaya à Strasbourg, la torture et ses traces

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“Les Fantômes” : de Saidnaya à Strasbourg, la torture et ses traces

Adam Bessa interprète Hamid, un ancien détenu de la prison syrienne de Saidnaya, qui traque son bourreau en France, dans le film Les Fantômes de Jonathan Millet. © FilmsGrandHuit/Kris-Dewitte

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Sorti le 3 juillet dernier, Les Fantômes, de Jonathan Millet, a remporté le prix Louis-Delluc du meilleur premier film, la semaine passée. Son histoire résonne avec une actualité brûlante, puisque ce long-métrage raconte comment un ancien détenu de la prison syrienne de Saidnaya traque son bourreau en France. Une œuvre saisissante.


 

Hamid n’est ni souriant, ni très liant, ni loquace, mais on ne saurait lui en vouloir. Ce réfugié syrien, qui sillonne discrètement les rues de Strasbourg, a subi la torture dans la prison de Saidnaya, près de Damas (Syrie). Libéré dans le désert par des soldats qui pensaient ainsi le condamner à mort, le héros du film Les Fantômes, incarné brillamment par Adam Bessa, est un survivant – un ancien professeur de littérature devenu l’ombre de lui-même. Aidé par un réseau clandestin de Syriens torturés par le régime de Bachar Al-Assad, il croit reconnaître son ancien bourreau et se demande s’il doit faire justice lui-même.

Premier film de Jonathan Millet, présenté à la Semaine de la critique au Festival de Cannes et lauréat du prix Louis-Delluc du premier film, Les Fantômes est un thriller psychologique sobre, tendu, impressionnant aussi par la précision avec laquelle il suit cette traque et son absence de pathos – qui n’empêche pas l’empathie, au contraire. Sans rien montrer des sévices infligés à Hamid, il en fait éprouver l’horreur dans les traces que la torture laisse : physiques, d’abord, avec les cicatrices, les insomnies, le corps comme alourdi et abattu ; mais aussi psychologiques, puisque la vie sociale de Hamid, réduite à peau de chagrin par le traumatisme et l’incommunicabilité qui s’ensuit, se résume à une chose : obtenir justice.

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