Nouvelles vagues
La solitude, arnaque ou panacée ?
©Jade Stephens/unsplash
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Cet article est issu du numéro 203 de Philosophie magazine, en kiosque le 24 septembre 2026.
Nous avons beau, selon Aristote, être des « animaux politiques », il peut être appréciable de se retirer loin de nos semblables… Adieu conjoint, enfant et charge mentale ! Mais n’est-ce pas là un luxe… et un marché juteux ?
Cet été, j’ai passé une semaine dans un couvent. J’y ai eu tout loisir de m’adonner à la marche et à la lecture, ne croisant que les regards timides des octogénaires avec qui je partageais mes repas en silence. Ce n’est pas la première fois que je me rends dans ce lieu, qui constitue pour moi un refuge précieux. Au cours de mon existence, il m’est souvent apparu vital de me couper du monde, tantôt pour survivre à une épreuve, tantôt pour faire le vide. Jamais je n’ai eu l’impression d’être investie d’une mission, encore moins de faire preuve de courage politique.
Vers l’"enfinsolitude” ?
Cette année, cependant, j’ai appris que j’étais une combattante, une vraie ! « Prendre du temps pour soi, c’est aussi ça, le féminisme », m’explique une amie militante. Elle vient d’achever Enfin seule (Allary Éditions, 2025), de Lauren Bastide. Dans cet essai, la créatrice du podcast La Poudre s’efforce de réinventer cette dernière en proposant un « plaidoyer pour la solitude des femmes ». En quelques mois, le livre est devenu la bible de la célibattante ; mon amie en offre un exemplaire à toutes ses connaissances. En l’écoutant, j’ai découvert que j’étais une sorte de Monsieur Jourdain du féminisme : sans le savoir, je pratiquais une activité hautement subversive, l’« enfinsolitude ». Cette solitude choisie constituerait la clé de l’épanouissement pour nous les femmes, gangrenées par l’emprise de nos relations amoureuses et le patriarcat.