Élections américaines
Kamala Harris : la stratégie de la proximité
La vice-présidente des États-Unis et candidate démocrate à l'élection présidentielle Kamala Harris salue la foule lors d'un événement de campagne à Eau Claire, Wisconsin, États-Unis, le 7 août 2024. © Erica Dischino / Reuters
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Alors qu’aux États-Unis la campagne du Parti démocrate semblait mal engagée, la désignation de Kamala Harris suscite une vague d’enthousiasme. Pour quelle raison ? Parce que contrairement à Joe Biden, la nouvelle candidate joue sur le terrain de la proximité et de la similitude avec les électeurs. De quoi faire concurrence à Donald Trump ?
Comment expliquer la « Kamalamania » ? Portée par un enthousiasme populaire manifeste, la candidate nouvellement désignée par le Parti démocrate talonne désormais son concurrent républicain Donald Trump dans les sondages. Sa désignation tardive, après le retrait du sortant Joe Biden, pourrait renverser une élection qui semblait mal partie pour le camp démocrate. Comment comprendre cette dynamique ?
Voici une hypothèse : contrairement à Joe Biden, Kamala Harris se bat sur le terrain de Donald Trump et lui prend des voix. Pour le comprendre, il faut revenir à l’opposition entre deux conceptions de la représentation politique. Dans son livre The Concept of Representation (1967 ; inédit en français), la philosophe américaine Hanna Fenichel Pitkin met en regard deux formes de représentation politique : la « représentation-substantielle » et la « représentation descriptive ».
Compétence ou ressemblance ?
- Dans la représentation substantielle, il s’agit essentiellement « d’agir pour » (acting for) les électeurs. Le représentant doit donc être le plus compétent, le plus capable : il doit sortir du lot. Il n’est pas « comme les gens », il doit être le plus efficace pour réaliser leur bien. Le principe est donc un principe de distinction. Le représentant doit être jugé sur ses actes. Il est investi d’un mandat, c’est-à-dire qu’il a un certain nombre d’objectifs à atteindre.
- Dans la représentation dite descriptive, (on parle aussi de représentation-miroir ou de représentation-similitude), au contraire, le représentant doit « stand for » ses constituants, incarner ce qu’ils sont en vertu de ce qu’il est. Ce qui compte, c’est sa ressemblance, sa capacité à figurer le corps électoral. Comme l’ajoute le politologue Yves Sintomer, ce mode de représentation « implique une logique de “parler comme” et “d’agir comme” » (« Les sens de la représentation politique : usages et mésusages d'une notion », 2013). La représentation-miroir s’inscrit dans l’héritage lointain de la représentation-identité qui prévalait, par exemple, dans les corporations médiévales.