Politique / Discrimination
Injures contre Bally Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis : le racisme sans la peau
Le maire de Saint-Denis (93) Bally Bagayoko lors du rassemblement contre le racisme le 4 avril 2026, devant l’hôtel de ville de Saint-Denis. © Chang Martin/Sipa Press
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Cet article est issu du numéro 199 de Philosophie magazine, en kiosque le 29 avril 2026.
Depuis son élection, le nouveau maire de Saint-Denis Bally Bagayoko (photo) subit des commentaires racistes. Or, comme le montrent Lévi-Strauss, Hannah Arendt et Frantz Fanon, le racisme est loin de se réduire à une question épidermique.
Une enquête a été ouverte par le parquet pour « injure publique » à caractère raciste, après que Michel Onfray a déclaré sur CNews, à propos de « l’allégeance » des agents municipaux invoquée par le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko : « On n’est pas dans une tribu primitive comme le décrit Darwin avec le mâle dominant qui décide. » L’intellectuel conteste l’accusation, au motif qu’il n’aurait « pas parlé de race » ni « de couleur de peau ». Mais prétendre qu’il suffit de ne plus parler de races, de gènes ou d’hérédité pour éviter l’accusation de racisme semble relever de la sophistique.
Un racisme sans races ?
Dans Race et Histoire (1952), Claude Lévi-Strauss explique en effet que les différences entre les sociétés relèvent de trajectoires historiques distinctes, de hasards géographiques et de coalitions culturelles – de sorte que si aucune culture n’est en soi supérieure à une autre, chacune a spontanément une tendance ethnocentriste à ériger ses propres usages en mesure universelle du monde. Mais l’anthropologue met aussi en garde contre une dérive symétrique et opposée : affirmer l’égalité des cultures ne doit pas conduire à les absolutiser.