Entretien

Indignés... mais indifférents - Entretien avec Mazarine Pingeot

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Indignés... mais indifférents - Entretien avec Mazarine Pingeot

© Galina Nelyubova/Unsplash

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Cet article est issu du Hors-série n°67 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 novembre 2025.

Dans son nouvel ouvrage, De l’indifférence à la différence (PUF), Mazarine Pingeot propose un éclairage original sur la période actuelle, où la colère sociale ne débouche pas souvent sur l’engagement : nous vivons dans un tel individualisme que nous perdons nos moyens d’action. Mais des solutions existent !

 

Colère ou indifférence : quel affect caractérise le plus notre époque ?

Mazarine Pingeot : D’un côté, la colère et l’indignation sont partout palpables. De l’autre, il y a une forme d’indifférence aux multiples visages : une apathie, un désintérêt, un renoncement face à l’avenir, un repli sur soi insensible au sort de l’autre... Ça peut sembler paradoxal mais les deux ne sont pas incompatibles, au contraire. La colère peut aller avec l’indifférence dès lors qu’elle ne se transforme pas en action politique – ce qui est souvent le cas aujourd’hui. L’indignation face à l’injustice est l’affect le plus susceptible de mener à l’engagement, mais elle peut rester superficielle. C’est d’autant plus vrai à l’heure des nouveaux médias : l’indignation est l’affect le plus « réseaux sociaux compatible », le plus viral et capable de susciter de l’adhésion. Or l’indignation affichée en ligne « fonctionne » sans avoir besoin de se constituer en action susceptible de changer vraiment la donne. Plus l’indignation est brandie, exhibée, moins elle s’élabore, en général, en action. L’efficacité virale de l’indignation, dans ces conditions, peut nourrir une forme d’indifférence à l’autre, à sa souffrance, à sa détresse.

 

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