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Guerre et réchauffement climatique : le mercure et l’acier
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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine, en kiosque le 22 août 2024.
Peut-il vraiment y avoir une guerre froide à l’heure du réchauffement climatique ? Telle est la question inquiétante sur laquelle deux essais de cet automne, signés Pierre Charbonnier et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, invitent à prendre du recul.
Savez-vous pourquoi les grandes puissances vont peut-être se mettre à lutter contre le réchauffement climatique ? Ce n’est pas par souci altruiste des générations futures ni par amour de la planète, mais par calcul stratégique. Telle est la thèse surprenante, mais étayée, du philosophe Pierre Charbonnier dans son nouvel essai, Vers l’écologie de guerre. Il n’hésite pas à condenser ses analyses dans des formules provocatrices : « parmi les raisons de l’impasse climatique, il y a la peur de la guerre » ou encore « la crise climatique est une conséquence de la paix, plus que de la guerre elle-même ». Prolongeant la démonstration de Timothy Mitchell dans Carbon Democracy (2011 ; trad. fr. La Découverte, 2013), il montre qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un consensus pacifique s’est mis en place aux États-Unis et chez leurs alliés. Alors que l’heure était à la décolonisation et que les puissances occidentales devaient renoncer à leurs ambitions territoriales, les États du bloc de l’Ouest ont proposé à leurs citoyens un autre objectif que l’émancipation sociale : celui de la croissance économique illimitée, de l’accès à la consommation de masse. Si la société d’abondance neutralise les appétits belliqueux ou révolutionnaires, elle a néanmoins un inconvénient : elle est énergivore et n’a été possible que par le recours massif aux énergies carbonées. C’est ce pacte de paix sur le dos du climat que l’invasion de l’Ukraine est venu rompre. Cette guerre pousse aujourd’hui l’Europe à réduire sa dépendance au gaz russe, donc à investir dans sa transition énergétique, au moment même où l’Inde rachète à la Russie ses énergies fossiles à plus bas prix. Par ailleurs, dans le contexte de la compétition entre la Chine et les États-Unis, il est devenu évident que la première superpuissance qui deviendra vraiment leader en matière de véhicules électriques ou aura le plus de brevets et de compétences dans les énergies propres tendra à dominer économiquement la seconde moitié du XXIe siècle. C’est pour cela que nous sommes entrés dans le stade de l’« écologie de guerre » !