Hors-série “Petit traité des vices”
"Game of Thrones" : Cersei ou le fragile orgueil
Terrifiée à l’idée de perdre le contrôle, Cersei est obsédée par le fait de protéger sa famille... et surtout elle-même ! © HBO
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Cet article est issu du Hors-série n°67 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 novembre 2025.
La terrible reine de Games of Thrones, Cersei, se sert de son arrogance brute comme d’une arme de protection. Et si l’orgueil n’était qu’un masque de la vulnérabilité ?
Le portrait : une reine présomptueuse
« Cersei est […] définie par son orgueil et sa fierté » : c’est ainsi que George R.R. Martin lui-même présente l’un des personnages les plus emblématiques – et les plus haïs, par ceux qui croisent sa route comme par les fans – de la saga Game of Thrones. Épisode après épisode, Cersei affiche sans vergogne son arrogance, sa suffisance, sa vanité... Son complexe de supériorité déborde ! Et il n’est pas sans lien avec son statut social : fille d’une des plus puissantes familles de Westeros, les Lannister, elle est successivement reine consort (épouse du roi Robert Baratheon), reine douairière à la mort de son mari, reine régente puis reine mère avec l’accession de son fils Joffrey au trône de fer, et finalement reine régnante après la mort de ses deux fils... Cersei n’est pas n’importe qui.
Et elle n’hésite pas à le rappeler : elle méprise brutalement, et humilie à l’occasion, ceux qu’elle juge inférieurs, c’est-à-dire à peu près tout le monde, du haut du donjon qu’elle ne quitte presque jamais. Les immenses avantages dont elle jouit ne sont pas, pour elle, des privilèges : ils lui sont dus. Cet orgueil à toute épreuve est comme une armure, bien utile dans un monde patriarcal violent. Il lui permet de se placer hors d’atteinte. Mais sa prétention la conduit souvent à se surestimer : habile dans l’art des manigances, elle l’est néanmoins beaucoup moins qu’elle ne le croit et se trompe souvent, ses échecs répétés n’entamant pas pour autant son indéracinable assurance. Même au bord du gouffre, la reine s’entête, refuse d’admettre ses mauvais calculs, de reconnaître ses erreurs, de se remettre en question. Et, évidemment, de s’excuser. Jamais elle n’accepte de se rabaisser. Quand le Grand Moineau, fanatique religieux, entreprend de juger ses péchés, elle lance : « Je ne m’agenouillerai pas devant un roturier aux pieds nus pour implorer son pardon ! » Après avoir été contrainte de traverser nue la ville en guise de marche expiatoire, elle fomentera sa vengeance et fera exploser le sanctuaire sans autre forme de procès.