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Exposition “Déserts”, au Muséum national d’histoire naturelle : la vie à la limite

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Cet article est issu du Hors-série n°65 de Philosophie magazine, en kiosque le 07 mai 2025.

Le Muséum national d’histoire naturelle consacre une riche exposition à ces déserts qui passionnent poètes, philosophes ou mystiques depuis des siècles.

 

« Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert », affirme Jean-Marie Le Clézio. Peut-on cependant parler de ces étranges milieux naturels au singulier ? Tous les déserts ne sont pas des océans de sable brûlant. Il est aussi, tout au nord, tout au sud, au sommet de hautes montagnes, des déserts gelés. C’est l’un des nombreux mérites de l’exposition que consacre jusqu’en novembre le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) à ces milieux particuliers que de souligner la grande diversité et la richesse des écosystèmes désertiques.

La vie secrète des sables 

Chaud ou froid, le désert fait le grand écart. Comment le définir ? D’abord, sans doute, par la présence écrasante d’un élément inorganique, minéral. Le désert est « l’écorce nue de la planète », sa peau primitive, inerte, écrit Saint-Exupéry dans Terre des hommes (Gallimard, 1939). Non que la vie soit absente, bien sûr, de ces écosystèmes réputés inhospitaliers... « Les déserts sont des milieux a priori peu propices à la vie. Ils abritent pourtant une surprenante variété de plantes et d’animaux qui, au cours de l’évolution, se sont adaptés à ces conditions », soulignent les organisateurs de l’exposition. Ce sont « des réservoirs d’une biodiversité méconnue ». Saint-Exupéry le suggère lui-même : « Le Sahara est plus vivant qu’une capitale. » Il y a bien, ici ou là, des oasis verdoyantes et populeuses qui attirent à elle la vie. « Ce qui embellit le désert, [...] c’est qu’il cache un puits quelque part… » Mais la vie disséminée dans les étendues de sables et de glace est discrète, plus difficilement perceptible. Elle se cache, le plus souvent. Ses traces sont balayées par le vent ou recouvertes par la neige. Elle préfère souvent – du moins dans les déserts chauds – se montrer de nuit, pour profiter de la fraîcheur. « La plupart des petits animaux des déserts chauds sont nocturnes et certaines plantes attendent, elles aussi, la nuit pour fleurir. »

La vie se glisse, en somme, là où elle peut. C’est l’élément qui règne. L’homme est nu, exposé : « Le désert est lisse comme un marbre. Il ne forme point d’ombre pendant le jour, et la nuit il vous livre tout nu au vent. Pas un arbre, pas une haie, pas une pierre qui m’eût abrité. Le vent me charge comme une cavalerie en terrain découvert. Je tourne en rond pour le fuir. Je me couche et je me relève. Couché ou debout je suis exposé à ce fouet de glace », raconte Saint-Exupéry. La souveraineté minérale peut susciter un sentiment de désolation, d’oppression. C’est, dit Camus, « un lieu sans âme où le ciel est seul roi. [...] Le désert a quelque chose d’implacable » ( L’Été, Gallimard, 1954). Hostile, il représente l’ « acharnement de la matérialité contre l’homme », ajoute Sartre. Mais Henri Michaux trouve, lui, dans ce spectacle un apaisement : « Le désert n’ayant pas donné de concurrent au sable, grande est la paix du désert. »

Si l’on entrevoit quelque vivant au milieu des dunes, c’est presque toujours seulement en passant : une caravane nomade, un renard arctique en chasse, dont le pelage albâtre se confond avec les glaces, un tapis de fleurs qui, passé la parenthèse pluvieuse, disparaissent dans le sol. Le désert « manque » de ces grandes architectures végétales pérennes qui fixent la vie dans le paysage. Confronté à la matérialité étrangère, l’homme se sent bien seul, perdu dans une « immensité » abandonnée et indifférente à son sort. Le monde habité paraît loin, infiniment loin. Le désert est « aussi isolé de toute vie qu’un îlot perdu en mer ». Le deuxième trait du désert est la solitude. « Je connais la solitude. Trois années de désert m’en ont bien enseigné le goût », écrit Saint-Exupéry. C’est déjà le sens du mot latin desertitudo. « Le désert est synonyme de vide et de dénuement » dans l’imaginaire collectif, note Gilles Bloch, président du MNHN. La plupart du temps, l’homme qui contemple les sables sans fin ne voit pas ses semblables, ne perçoit pas d’emblée une vie qui pourrait résonner avec la sienne. « Il n’y a personne dans les déserts », dit le serpent du Petit Prince. Il faut un travail d’attention pour enfin s’exclamer, comme Saint-Exupéry : « Je ne fus jamais seul dans le désert. »

Le silence des espaces infinis 

Le troisième caractère du désert est indiqué par son étymologie : désert dérive de de-sero, « desserrer ». L’horizon s’ouvre, l’uniformité de l’élément se prolonge indéfiniment dans toutes les directions. Cette ouverture peut être exaltante, comme une aspiration vers l’infini. Mais quelque chose de monotone se dégage aussi de ce paysage étalé à perte de vue. Comme le dit Jankélévitch, le « désert informe » évoque « l’éternité boursouflée de l’ennui » ( L’Aventure, l’ennui, le sérieux, 1963). Cet ennui est en même temps parfois traversé d’une inquiétude : l’uniformité a quelque chose de diabolique. Elle ressemble au « mal réel morne, monotone, désertique, ennuyeux », comme le dit Simone Weil dans La Pesanteur et la Grâce (Plon, 1947). Pourra-t-on en sortir, de cet espace qui semble ne jamais finir, une fois que l’on s’y est engagé ? Il y a une angoisse spécifique, propre à l’ouverture radicale du désert, un sentiment d’enfermement.

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