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Illustration : © Jules Julien pour PM

Le classique subjectif

Dimitri El Murr : “Il n’y a pas de mépris du corps chez Platon”

Dimitri El Murr, propos recueillis par Victorine de Oliveira publié le 23 septembre 2021 11 min

Philosopher, c’est apprendre à mourir, nous dit Platon. Or cela ne signifie pas nous mortifier. Car, pour nous soucier de notre âme, nous devons prendre soin de notre corps, sans pour autant lui vouer un culte, explique Dimitri El Murr. Spécialiste de l’auteur des dialogues, il en propose une relecture originale, s’attaquant à certains clichés les plus tenaces.

 

Platon, les dates clés
428 av. J.-C. Il naît à Athènes dans une famille de la noblesse locale.
399 av. J.-C. Son maître Socrate meurt, condamné à mort par un tribunal athénien.
388 av. J.-C. Il rejoint la cour de Denys Ier, tyran de Syracuse (Sicile), pour tenter de mettre en œuvre son idéal de philosophe-roi.
387 av. J.-C. Après avoir été banni de Sicile, il fonde à Athènes son Académie.
348 av. J.-C. Il meurt à Athènes. 


« Quand on lit un dialogue de Platon pour la première fois, l’impression qu’on en tire est d’avoir assisté à une discussion entre un individu très énervant, qui n’arrête pas de poser des questions, a l’air d’avoir toujours raison et veut montrer aux autres qu’ils ont toujours tort, et des personnages dont on se demande s’ils ne sont pas de simples faire-valoir du premier. Cette impression est liée à la forme littéraire choisie par Platon, le dialogue, notamment dans ces dialogues – qu’on considère comme ayant été écrits assez tôt dans la carrière de Platon – où Socrate joue un rôle majeur et discute avec quelqu’un dont on se rend compte qu’il ne sait rien, bien qu’il pense savoir énormément de choses.

Pourquoi Platon a-t-il choisi cette forme littéraire ? Il faut rappeler qu’à son époque, il n’est pas le seul à écrire des dialogues. Certes, il est le disciple de Socrate le plus célèbre, mais il en côtoie d’autres, qui rivalisent avec lui et entre eux dans l’usage de cette forme et la revendication de l’héritage de leur maître. Les estimations les plus optimistes portent à environ deux cents le nombre de dialogues ayant Socrate comme protagoniste. Il est certain, à tout le moins, que la plupart des disciples de Socrate ont écrit des dialogues socratiques dont l’immense majorité est perdue. Toutefois, même si Platon s’est emparé d’une forme littéraire qu’il n’a pas inventée, il l’a portée à un degré de complexité jamais égalé. 

Ce qui est fascinant, c’est qu’il réfléchit constamment aux conditions d’usage de cette forme, qu’il la théorise, la transforme, en interrogeant son rapport à la philosophie et à ses possibilités en tant que vecteur du discours philosophique. Ce ne sont donc pas seulement des raisons historiques, ou de circonstances, qui ont amené Platon à choisir cette forme littéraire, mais aussi des raisons de fond. Certains spécialistes pensent que le choix de la forme du dialogue répond à une logique doctrinale : une logique paradoxale, puisque Platon aurait emprunté cette forme d’écriture pour dissimuler sa doctrine des principes qu’il aurait divulguée dans son enseignement oral à l’Académie. Pour fascinante qu’elle soit, cette hypothèse, qui distingue la doctrine platonicienne ésotériste des principes et le Platon exotérique des dialogues, me paraît toujours un peu courte et privilégier au fond la logique faible des symboles et des allusions au détriment de la logique forte des arguments et des raisons.

Est-ce à dire alors qu’il faille prendre la forme du dialogue pour argent comptant, considérer que si Platon a choisi cette forme, c’est que la philosophie est pour lui le fruit d’une collaboration, et le dialogue le lieu de la construction en commun des con­cepts ? Le problème, c’est qu’à bien lire les interventions de Socrate, on voit que les choses ne se passent pas ainsi. Rares en effet sont les interlocuteurs qui disent à Socrate : “Ah ! Socrate, tu as raison, je suis d’accord avec toi ! Mettons nos efforts en commun et pensons ensemble !” L’échange avec Socrate prend plutôt la forme suivante : Untel dit que P, et Socrate répond : “Mais si P alors Q, et si Q, alors non-P. Donc tu te contredis et tu ne sais pas de quoi tu parles !” Suite à quoi, Untel s’énerve. Rien qui ressemble ici à la quête commune et collaborative de la vérité !

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