Entretien

Delphine Horvilleur : “Israël ne peut pas se débarrasser de la question de la vulnérabilité”

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Delphine Horvilleur : “Israël ne peut pas se débarrasser de la question de la vulnérabilité”

Delphine Horvilleur. © Corentin Fohlen/Divergence

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Cet article est issu du numéro 179 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 avril 2024.

Après le massacre du 7 octobre et la guerre menée depuis par Israël contre le Hamas à Gaza, il est de plus en plus difficile d’aborder ce drame sans acrimonie. La rabbine Delphine Horvilleur, qui publie Comment ça va pas ? Conversations après le 7 octobre (Grasset), cherche à formuler le désarroi de la communauté juive face au retour de l’antisémitisme, tout en pointant les limites de l’usage de la force.

 

« Le 7 octobre a fait de moi quelqu’un d’autre », écrivez-vous – une autre femme, une autre rabbine, une autre mère, une insomniaque et une apprentie boxeuse, aussi, décidée à rendre les coups… 

Delphine Horvilleur : J’ai vécu en Israël. Je connais bien le lieu des massacres. J’y ai travaillé comme volontaire quand j’avais 17-18 ans. Il s’agit de kibboutz habités majoritairement par des héritiers de l’espoir de paix initié par [l’ex-Premier ministre israélien] Yitzhak Rabin, dont certains prennent en charge les Palestiniens malades pour les emmener se faire soigner en Israël. Que ce soit eux qui aient été tués et violés ajoute une dimension plus dramatique encore à cette histoire. Personnellement, si l’événement m’a changé, c’est qu’il a fait voler en éclats tout ce sur quoi j’ai construit ma vie jusqu’ici : mon engagement de citoyenne, de rabbine, l’éducation que je transmets à mes enfants, les dialogues que j’ai entamés avec des interlocuteurs du camp d’en face. Ma vie est centrée sur la construction de ponts, intellectuels, politiques, théologiques. Cela s’est effondré le 7 octobre. 

 

Tout dialogue sur la guerre entre Israël et le Hamas semble devenu impossible. Pourquoi ? 

Ce conflit déchaîne les passions et se nourrit d’ignorance et de manipulations. De la jeunesse, en particulier. Quand vous voyez de jeunes manifestants réclamer un État palestinien « de la rivière à la mer » et que vous leur demandez : « De quelle rivière ? De quelle mer ? », ils ne savent pas répondre, alors même qu’ils reconduisent des mots d’ordre sur cet État « colonial » dont la création serait illégitime, qui occuperait un territoire ne lui appartenant pas… Le colonialisme, du point de vue historique, c’est un Empire, français ou britannique, avec une métropole à distance qui s’empare d’un territoire lointain et soumet les populations. Les Juifs arrivés d’Europe en Palestine pour réaliser le projet sioniste étaient tous des réfugiés, pas des colons. La raison d’être de cet État, c’est que l’Europe a cherché à les exterminer. Ces éléments devraient compliquer un peu le logiciel « décolonial » avec lequel on aborde aujourd’hui ce conflit. Les personnes s’emportant contre l’existence d’Israël semblent être ventriloquées par des clichés et des mensonges. Est-il nécessaire d’accuser Israël d’holocauste et de génocide pour dénoncer les bombardements à Gaza ? Tout se passe comme s’il y avait eu un kidnapping des consciences par une idéologie qui réduit tout au prisme de l’opposition du dominant et du dominé. Tout doit rentrer dans ce schéma simpliste. 

 

Le féminisme a aussi été bousculé par le conflit. La philosophe juive américaine, Judith Butler a créé la polémique en qualifiant l’attaque du Hamas d’« acte de résistance » et de « rébellion »… 

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