Guerre au Moyen-Orient
Deleuze, Guattari et Virilio, clés intellectuelles pour comprendre le blocage du détroit d’Ormuz
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Alors que les Iraniens affirment que le détroit d’Ormuz reste ouvert sauf aux navires américains et israéliens, et que Donald Trump appelle ses alliés à en garantir militairement l’accès à tous, le flux des navires s’y est considérablement réduit, mettant en tension l’économie globale. L’occasion de revenir sur l’analyse que les philosophes Gilles Deleuze, Félix Guattari et Paul Virilio proposent de ces points de passage obligés sur l’espace « lisse » et « néo-nomade » de la mer mondialisée.
On s’imagine volontiers les océans, sur lesquels transitent 90 % du volume du commerce mondial, comme un espace ouvert, où les flux de marchandises s’écoulent sans rencontrer d’obstacles, avec la même facilité que l’eau. La fermeture du détroit d’Ormuz imposée par l’Iran, qui perturbe en profondeur l’économie mondiale – et notamment les flux pétroliers – ébranle cette image d’Épinal.
D’un espace “lisse” à un espace “strié”
Oui, relèvent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux (1980), « la mer est peut-être le principal des espaces lisses, le modèle hydraulique par excellence ». Impossible d’y délimiter matériellement des frontières comme sur la terre ferme. L’espace lisse, où le point n’est jamais qu’un passage dans l’arpentage de l’espace, dans un mouvement infini, s’oppose à l’espace strié, où le déplacement n’est jamais qu’un trajet entre deux points qui quadrillent l’espace. Pour autant, soulignent les philosophes, « c’est d’abord sur la mer que l’espace lisse a été dompté, et qu’on a trouvé un modèle d’aménagement, d’imposition du strié. […] La mer est aussi, de tous les espaces lisses, celui qu’on chercha le plus tôt à strier, à transformer en dépendance de la terre, avec des chemins fixes, des directions constantes » où circulent des êtres bien identifiés.