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Claire Marin : “Pour Jean-Luc Nancy, intégrer de l’autre en soi, c’est aussi accepter de perdre, d’abandonner un peu de soi-même”

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Claire Marin : “Pour Jean-Luc Nancy, intégrer de l’autre en soi, c’est aussi accepter de perdre, d’abandonner un peu de soi-même”

Jean-Luc Nancy. ©Vincent Muller/Opale photo

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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine, en kiosque le 30 octobre 2025.

Dans notre nouveau numéro, Claire Marin présente des extraits de L’Intrus de Jean-Luc Nancy, réédité par les éditions du Seuil et à paraître le 7 novembre. Dans ce texte écrit en 1999, quelques années après sa greffe du cœur, le philosophe analyse la figure de l’étranger pour se recentrer sur cet événement autobiographique, passant du politique à l’intime. 

 

Ce texte a un statut à part. Il tire sa force d’une brièveté qui dit tout à la fois la dépossession, la perte d’identité, le bricolage médical, la violence de l’intrusion, le fait de devenir un ensemble de chiffres, de données, dans une forme de transparence qui livre à tous les regards. On a l’habitude que les philosophes s’emparent de leur sujet avec une certaine distance, celle de l’analyse. Ici, un élément autobiographique apparaît, un épisode très intime et personnel de la vie de Jean-Luc Nancy : sa greffe du cœur – on retrouve d’ailleurs une tentative similaire chez Derrida lorsqu’il pense lui aussi la question de l’étranger. Ce qui est étonnant, c’est que l’auteur assume de ne pas arriver à penser complètement ce qui lui arrive, un tâtonnement que l’on lit assez rarement. D’ordinaire, les textes s’écrivent après qu’on a réussi à penser quelque chose. Ici, on voit une épreuve physique et psychologique devenir une épreuve de pensée en tant que telle.

La pensée de l’intrus est d’abord introduite de manière politique et sociale, avec l’idée que l’étranger a toujours une dimension d’intrus. Étymologiquement, l’intrus est celui qui pousse pour entrer quelque part, qui bouscule. Il y a un désordre inévitable et une part de violence dans l’arrivée de l’étranger ou même dans son identité : il fait violence tout simplement parce qu’il est différent, et cette différence produit un dérangement. Après les trois premiers paragraphes, on a un peu l’impression d’être dans une réflexion de philosophie politique. Puis sa pensée se déroule autour d’un questionnement sur l’identité, avec le constat d’un vacillement du je. “Je” cesse d’être une évidence lorsqu’on reçoit un organe qui a appartenu à quelqu’un d’autre, avec la possibilité d’un rejet. 

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