Entretien

Aux origines du zombie. Entretien avec Philippe Charlier

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Aux origines du zombie. Entretien avec Philippe Charlier

 Philippe Charlier. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac. Photo : Thibault Chapotot

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Cet article est issu du Hors-série n°62 de Philosophie magazine, en kiosque le 01 août 2024.

Il hante nos romans, films, séries. Mais son allure monstrueuse est bien différente de celle du zombi originel, né aux franges de la culture vaudoue. L’archéo-anthropologue Philippe Charlier, commissaire de l’exposition que le musée du Quai-Branly consacre au mort-vivant haïtien, interroge les métamorphoses de cette figure aussi effrayante que fascinante.

 

Comment est venue l’idée de cette exposition ?
Je suis anthropologue, médecin légiste et archéologue. Les non-morts sont mon objet de recherche, à la croisée des sciences humaines et des sciences fondamentales. Je me suis intéressé aux fantômes, d’Occident, d’Afrique et d’Asie principalement. Je me suis aussi focalisé sur les vampires. Les zombis, je m’y suis penché au cours de deux enquêtes in situ en Haïti. C’est une figure iconique des mauvais morts, des morts qui ne se tiennent pas tranquilles.


Qu’est-ce qu’un zombi ?
L’objectif de l’exposition est de déconstruire le zombi : de montrer que la figure du zombi telle qu’on se la représente en Occident n’a pas grand-chose à voir avec le « vrai zombi », propre à Haïti. Le zombi mondialisé est une caricature. Le zombi haïtien, c’est autre chose. Il se compose de symboles du vaudou, une religion à part entière, comme le catholicisme, le bouddhisme, etc. En marge de cette religion existent des pratiques de sorcelleries – c’est vrai de toutes les religions. C’est là, dans ces pratiques parallèles, littéralement marginales, que l’on trouve le zombi. La figure se nourrit de trois choses. D’abord, les religions d’Afrique subsaharienne. Ensuite, l’esclavage transatlantique. Enfin, les traditions indigénistes. Ce n’est pas un terme péjoratif : il s’agit simplement de dire que les populations autochtones (les Arawaks, les Taïnos et les Caraïbes) ont transmis un savoir ancestral aux esclaves révoltés contre les colons occidentaux : celui des plantes, des minéraux, des drogues et des poisons.

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