Sous le masque

Agatha Christie et son double, version IA : cherchez l’erreur !

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Agatha Christie et son double, version IA : cherchez l’erreur !

Agatha Christie en 1940. ©The Granger Coll NY / Aurimages

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La BBC propose un cours de littérature donné par une Agatha Christie reconstituée par intelligence artificielle. Une mise en abîme vertigineuse de son œuvre, qui interroge précisément notre rapport au réel, analyse Sonia Feertchak, autrice de La vérité tue, (Philosophie magazine Éditeur), un essai consacré à la créatrice d’Hercule Poirot et de Miss Marple.


Situation inédite et cocasse : la BBC propose des cours de littérature en ligne dispensés par un double d’Agatha Christie nourri à l’intelligence artificielle (IA). Dispositif inédit, car c’est la première fois que des vidéos d’un auteur mort sont créées avec l’aide d’une intelligence artificielle. Une autrice disparue depuis près de cinquante ans et dont on ne dispose plus, qui plus est, d’aucune trace vidéo. 

Le making-of de la chaîne de cours en ligne BBC Maestro décrit le procédé. La comédienne Vivien Keene, choisie pour sa ressemblance avec l’écrivaine, a tourné les séquences de base. À la suite de quoi une IA entraînée sur la poignée de photos exploitables de Christie et sur ses non moins rares enregistrements vocaux a retravaillé les séquences pour parfaire les expressions faciales, la gestuelle et la voix d’Agatha. Le résultat, je l’ai testé, est époustouflant : il me semble que mon autrice préférée me parle. 

 

Agatha et ses “doppelgänger”

Justement. C’est là où la situation devient cocasse. La « prothèse digitale » christienne n’est ni plus ni moins qu’un doppelgänger de la romancière. Un concept cher à Agatha. Hérité des folklores germanique et nordique, le doppelgänger, littéralement le « double qui marche », a surgi sous la plume de l’écrivain romantique allemand Jean Paul en 1796. De Hoffmann à Dostoïevski, en passant par Stevenson, Maupassant et Poe, il a connu un immense succès dans toute la littérature du xixe siècle. Des histoires de doppelgänger, la jeune Agatha Miller (son nom de naissance) en a dévoré. Elle n’a pas été la seule : sa grande sœur Madge, de onze ans son aînée, en a lu aussi. Madge avait d’ailleurs inventé un jeu de doppelgänger terrifiant pour la petite Agatha : elle se faisait passer pour « La sœur aînée », double d’elle-même malade mentale et menaçante. Sans compter que c’est Madge qui, à 18 ans, était bien partie pour devenir l’écrivaine de la famille. Imprégnation du double, aussi, Agatha a raconté avec terreur le cauchemar récurrent qu’elle faisait, enfant : alors qu’elle se trouvait entourée de ses proches, elle s’apercevait soudain que l’un d’entre eux n’était pas « Dorothy, Phillis, Monty, [sa] mère ou la personne en question, mais qu’il s’agissait [d’un] homme armé [gunman] » (Autobiographie ; trad. fr. Éditions du Masque, 2002, p. 425) .Lors de sa fameuse disparition de 1926, enfin, la romancière fut retrouvée dans un hôtel d’Harrogate, au nord de l’Angleterre, où elle s’était réfugiée sous le nom de (Theresa) Neele, le patronyme de la maîtresse de son mari : sur le registre, la légitime s’était fait le double de l’illégitime.

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