Bac philo 2026
Bac philo 2026 : apprendre à construire une problématique
Charles Pépin en 2018. © Julien Faure/Leextra via Opale
Le plus important, pour bien préparer le bac philo, c’est la méthode. De manière simple et vivante, le philosophe Charles Pépin, qui a enseigné la philo au lycée pendant des années, nous explique comment construire une problématique. Petit conseil : munissez-vous d’un stylo pour noter ses recommandations, on mémorise toujours mieux ainsi !
Le sujet de philosophie ne se révèle qu’au prix d’une âpre confrontation avec les termes qui le composent et ce qu’il peut y avoir d’étrange à les voir rapprochés dans un même libellé. Sa lecture est donc décisive : voici comment l’aborder.
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Dissertation : que faire face au sujet ?
Ça y est, le sujet est tombé. J’ai quatre heures devant moi. Mais aussi trois sujets, des copies blanches, des feuilles colorées de brouillon et une boule dans le ventre. Je fais quoi ?
D’abord, j’accepte les sujets. Il n’y a pas de bon ou de mauvais sujet, il n’y a que de bonnes ou de mauvaises attitudes. Il faut prendre les sujets comme ils viennent, accorder peu de crédit à sa première impression. Ce qui fait une bonne copie est rarement ce qui vient tout de suite, mais ce qui suit d’une analyse serrée des termes, d’un sujet retourné dans tous les sens, d’une véritable confrontation avec le libellé. Il faut le prendre à bras-le-corps. L’ « art » de la dissertation est de savoir s’étonner du sujet, de sa formulation première, mais aussi des tensions qu’il renferme et ne se découvrent qu’avec l’analyse.
On peut accorder cinq vraies minutes au choix du sujet. Il faut absolument noter les idées spontanées qui viennent devant les sujets : elles ne reviendront pas quand vous aurez « la tête dedans ». En revanche, quand vous serez dans l’analyse des termes, elles auront une « fraîcheur » salutaire et ouvriront des pistes supplémentaires.
Il faut bien se souvenir qu’il n’y a pas de bon choix, comme il n’y a pas de mauvais choix. « Je ne désire pas une chose parce qu’elle est bonne, c’est parce que je la désire qu’elle est bonne », écrivait en substance Spinoza. Vous m’avez suivi : je ne choisis pas un sujet parce qu’il est bon, il est bon parce que je le choisis !
“Une bonne copie est ce qui suit d'un sujet pris à bras-le-corps, d'une lecture tendue vers un objectif : trouver une problématique”
Ensuite commencent les choses sérieuses, tendues vers un objectif : trouver non pas la mais une problématique. On peut user d’une métaphore inspirée de l’idée qu’il faut « rentrer dans le sujet ». Prenez ce conseil à la lettre. Écrivez le sujet en gros caractères en prenant toute la largeur d’une feuille de brouillon. Et imaginez. Vous êtes un petit bonhomme. Et vous rentrez dedans. Avec vos petits bras, vous reliez d’une corde verte les différents termes qui vont ensemble, et vous tirez une corde rouge entre ceux qui vous semblent incompatibles. Avec vos petits pieds, vous donnez des coups dans certains termes pour voir comment ils réagissent lorsqu’ils se heurtent à leurs voisins. Prenons un sujet. « Faut-il respecter toutes les cultures ? » La beauté du respect, c’est de respecter ce qui est différent, éloigné de nous. Entre les cultures, leurs rites et leurs valeurs, il existe de telles différences. Le petit bonhomme relie avec sa corde verte « respecter » et « cultures ». Mais « respecter » vraiment la différence prend du temps, demande la confrontation effective, lente et douloureuse parfois, avec la différence et les valeurs de l’autre. Dans ce cas, comment pourrait-on les respecter « toutes » ? Entre « respecter » et « toutes », le petit bonhomme tire maintenant une corde rouge, nerveuse, comme un éclair, qui schématise la tension entre « respecter » et « toutes ». Essayer de respecter l’autre, oui, mais tous les autres ? Voila qui devient étonnant, louche même.
“Exprimer son étonnement devant l’énoncé, regarder comment les termes agissent les uns au contact des autres : tel est le travail d’analyse”
Exprimez cet étonnement, ce soupçon. La qualité de l’introduction tiendra à cela. « Respecter » n’est pas tolérer. « Respecter », c’est aller vraiment vers la différence. La « tolérer », c’est simplement la « supporter », fermer les yeux. Entre « respecter » et « toutes », voici une deuxième tension rouge. On pourrait peut-être tout tolérer, mais pas tout « respecter ». Une « culture » peut être simplement un ensemble de pratiques et de valeurs propres à un groupe humain. Le nazisme, par exemple, est donc aussi une « culture » – à combattre plus qu’à respecter, non ? Le petit bonhomme relie alors « respecter » et « cultures » d’une nouvelle nervure rouge. Tel est le travail d’analyse des termes : non pas les définir un par un, mais voir comment ils réagissent les uns au contact des autres – il faut les « frotter » les uns contre les autres. « Faut-il » a une résonance morale, « respecter » aussi : lien vert donc. Mais qui nous dit qu’« il faut » ? Qui nous l’ordonne ? Quand je respecte quelqu’un, il faut que ça vienne de moi, non ? Si l’on m’oblige à le faire, c’est déjà que je ne le respecte pas ! Donc, entre « il faut » (socialement, religieusement…) et « respecter » (qui ne vient que de moi, de ma volonté autonome) : nouvelle tension rouge... Ça y est : nous sommes rentrés dedans. Maintenant, il faut en sortir, il commence à faire chaud. Une seule solution : avec ses petits bras, se mettre bien au milieu et pousser fort des deux côtés en même temps – bref, éclater le sujet de l’intérieur ; l’éclater en deux réponses contradictoires. Par exemple, réponse 1 : oui, il faut essayer de respecter toutes les cultures, de s’ouvrir à la différence. Réponse 2 : non, il faut savoir distinguer les cultures respectables de celles que nous devons combattre. Cette opposition entre deux réponses concurrentes est une problématique. Le petit bonhomme a fait le plus dur. Il a déjà un problème, deux parties, le reste suivra. Il sera bientôt un grand philosophe.
Explication de texte : trouver une perspective critique
Pour l’explication de texte, la métaphore est la même, sauf que la problématique oppose la thèse de l’auteur à une perspective critique qu’il s’agit de trouver. C’est ici dans le texte que rentre le petit bonhomme, et, encore une fois, il cherche des liens, des tensions entre les différents mots ou parties du texte. Et c’est de l’intérieur du texte qu’il travaille. Par exemple, il s’interroge sur le sens du mot « projet » dans un texte de Sartre. Il doit chercher la réponse dans le texte qui lui est proposé, et nulle part ailleurs. Bien sûr, ici comme avant, il finira par en sortir – par sortir de la partie explicative. Ce sera la partie critique. Plus il y aura de débat entre les deux parties, meilleur sera le devoir. Ici aussi, notre petit bonhomme doit chercher à rendre problématique l’opposition entre la thèse de l’auteur et une antithèse : il doit chercher, ici aussi, à dramatiser les enjeux. Vous voilà désormais fin prêt à vous frotter aux sujets qui tomberont le 15 juin prochain !
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