États-Unis
Trump et l’art du “brouillard de guerre” : quand l’imprévisibilité devient stratégique
Le président des États-Unis Donald Trump, le 12 avril 2026. © Julia Demaree Nikhinson/AP/Sipa
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Impulsif, instable et incohérent, Donald Trump ? Certains doutent même de sa santé mentale. Mais derrière le chaos apparent ne se profile-t-il pas une stratégie de l’illisibilité délibérée ? Analyse avec Clausewitz, qui fait de l’incertitude un instrument de puissance.
Emmanuel Macron est loin d’être le seul à avoir son trouble devant le fait d’entendre « chaque jour le contraire de ce qu’on a dit la veille ». Il est vrai que Donald Trump semble incarner la contradiction permanente. Il encense un adversaire un jour, l’humilie le lendemain, il menace la guerre avant d’appeler au dialogue, il annonce un ultimatum puis le repousse, promet d’« anéantir » l’Iran le matin et ouvre une négociation le soir, et finit par imposer un blocus qu’il dénonçait quelques jours auparavant chez son adversaire.
Ses déclarations déroutent, ses décisions surprennent, et son style défie toute prévisibilité. Mais si l’on emprunte le regard du stratège militaire Carl von Clausewitz, auteur de De la guerre – célèbre pour avoir soutenu que la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens –, une autre lecture devient possible : celle d’un chef qui cultive volontairement le « brouillard de guerre » (Nebel des Krieges) pour garder l’initiative et semer la confusion dans les rangs adverses.
Le brouillard comme méthode
Clausewitz désigne par cette expression l’incertitude fondamentale qui enveloppe tout conflit. Le commandant, dit-il, ne voit jamais tout, ne sait jamais tout et doit, sur le champ de bataille, se résoudre à agir dans le brouillard. Mais ce brouillard, qui est analysé par Clausewitz comme un état de fait subi, Trump semble en faire une production délibérée puisqu’il le crée lui-même dans l’esprit de ses adversaires (et de façon collatérale aussi dans celui de ses « alliés ») qui ne comprennent pas, qui s’agacent, qui s’interrogent, mais qui demeurent désemparés, dans l’expectative, attentistes et donc affaiblis. Il fabrique et entretient le brouillard : à coups de déclarations déséquilibrantes, de volte-face soudaines et d’ambiguïtés calculées, Donald Trump empêche ses opposants de prévoir ses mouvements.