Société / Générations
Tim Ingold : “Penser que le futur va remplacer le présent nous rend irresponsables”
Tim Ingold. © Serge Picard pour PM
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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine, en kiosque le 24 avril 2025.
Nous ne retrouverons confiance dans l’avenir qu’à condition de revoir entièrement notre conception du lien qui unit les différentes générations entre elles. Voici la proposition du très inventif anthropologue britannique Tim Ingold dans son nouveau livre Le Passé à venir (Seuil, 2025).
Comment repenser la manière dont nous concevons le rapport entre les générations ?
Tim Ingold : Nous avons, en effet, pris l’habitude de penser les générations comme des cohortes de personnes qui se suivent les unes après les autres, dans un certain ordre, chaque cohorte se substituant à la précédente et étant destinée à être remplacée par la suivante. Aussi les différentes générations sont-elles comprises comme autant de couches qui se superposent les unes aux autres, qui ainsi s’accumulent et repoussent les plus anciennes toujours plus loin dans le passé. C’est une manière de voir par strates et par succession de strates, qui me semble typique de la modernité. Nous devrions admettre que, même si elles appartiennent à des générations différentes, les vies des gens se chevauchent et s’entremêlent, de sorte que le futur est fait de toutes ces générations qui agissent ensemble au lieu de se retrouver séparées et isolées les unes des autres. Un peu comme dans une famille, où il n’y a pas d’abord les grands-parents, ensuite les parents et enfin les enfants, mais où – et c’est une chose merveilleuse que nous ne valorisons pas suffisamment – les vies s’entremêlent, c’est-à-dire celles des parents avec celles des enfants et celles des grands-parents, toutes ensemble.