Danse
“Silence” : un spectacle pour sonder nos profondeurs
©Marc Coudrais
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Cet article est issu du numéro 203 de Philosophie magazine, en kiosque le 24 septembre 2026.
Avec Silence, la chorégraphe Mathilde Monier et la musicienne Lucie Antunes proposent un spectacle, mêlant danse, musique et chant… Une performance en forme d’élan vital qui ouvre de nouveaux horizons intimes.
À la « ritournelle », Gilles Deleuze consacre des pages entières. Le philosophe désigne ainsi dans Mille Plateaux (1980) la capacité de changer de rive, d’accoster ailleurs, loin des habitudes, en créant des agencements mus par le désir. Elle est pour lui une manière de modeler de nouveaux territoires par un certain rythme de vie et d’ouvrir des lignes de fuite, bref d’opérer ce qu’il appelle autrement une « déterritorialisation ». « Chanter ou composer, peindre, écrire n’ont peut-être pas d’autre but : déchaîner ces devenirs », écrit-il. Pour lui, « il y a territoire dès qu’il y a expressivité du rythme », et il appelle donc « ritournelle tout ensemble de matières d’expression qui trace un territoire, et qui se développe en motifs territoriaux, en paysages territoriaux ». Ce spectacle enthousiasmant, mêlant la danse à la musique et au chant, débute précisément par un refrain psalmodié sur tous les tons : « Silence… Silence… Silence… » Là, au centre d’une scène en forme de disque, Lucie Antunes a érigé avec ses musiciens une petite architecture instrumentale : des percussions, qu’elle pratique, un synthétiseur, un vibraphone, un piano ouvert… Autour de ce cœur battant, des danseurs se rassemblent, puis s’éloignent. Ils pulsent de concert dans un mouvement organique chorégraphié par Mathilde Monnier. La danseuse et la percussionniste, autrice de l’album Silence (2026), se sont admirablement associées pour créer cette performance en forme d’élan vital, qui convoque une transe communicative s’inspirant des états modifiés de conscience. Leurs magnifiques paysages mélodiques ouvrent de nouveaux horizons. Interprétés avec talent, ils se déploient ici dans le silence d’une nuit illuminée d’un jour nouveau, conduisant à une contemplation méditative à la faveur de ce son puisé dans les profondeurs. Une vibration qui tient autant de la respiration que de la techno, et dont je suis ressorti soufflé !