Dossier / “Peut-on réparer ses erreurs ?”
Réparer ses erreurs en travaillant sur soi ou en repensant sa relation aux autres ? Les conseils des philosophes
(de g. à dr., de haut en bas) Albert Camus, Jean-Jacques Rousseau, Michel De Montaigne, Hannah Arendt, Stanley Cavell, John Stuart Mill. © TT News Agency/akg-images, © Fred Stein Archive/adoc-photos, © Harvard.edu.
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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine, en kiosque le 24 avril 2025.
C’est précisément parce qu’une étape nous a échappé dans l’erreur que nous sommes tentés de la réparer. Comment s’y prendre ? Sur ce point, les recommandations des philosophes divergent, et on peut les répartir grosso modo en deux grandes écoles : mener un travail sur soi ou réformer nos relations avec les autres.
Réparer ses erreurs en travaillant sur soi
➤ Faire pénitence avec Albert Camus
La pénitence est fortement inscrite dans la tradition chrétienne. Chez Tertullien, auteur d’un essai édifiant sur le sujet au IIe siècle de notre ère, elle peut concerner le corps – et elle consistera en des privations, des mortifications – mais aussi l’âme, et elle vise à se rapprocher de Dieu en se repentant, en prenant sur soi la peine qu’on a causée. Dans une veine plus existentialiste, Albert Camus en traite dans son roman La Chute (1956) : son narrateur Jean-Baptiste Clamence se présente comme un « juge-pénitent ». Il n’est pas coupable d’un crime mais a manqué d’amour envers ses semblables. Cela l’a conduit à la débauche. « Ma sensualité, pour ne parler que d’elle, était si réelle que, même pour une aventure de dix minutes, j’aurais renié père et mère. » Le souvenir qui le tourmente le plus est d’avoir vu un soir une jeune femme « habillée de noir » se jeter dans la Seine et de ne pas lui avoir porté secours. Pour décrire l’état psychologique dans lequel il se trouve, il parle de « malconfort ». Au Moyen Âge, le malconfort était une « cellule de basse-fosse », « pas assez haute pour qu’on s’y tînt debout, pas assez large pour qu’on pût s’y coucher ». Cette image montre assez l’ambiguïté de la pénitence, qui n’apporte pas vraiment de solution mais s’apparente à une condition humaine amoindrie : dans cette cage, il n’est d’autre choix que de « prendre le genre empêché, vivre en diagonale ».