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Qu’est-ce que l’inconscient ? Réponses avec Nietzsche, Freud et Jung

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Qu’est-ce que l’inconscient ? Réponses avec Nietzsche, Freud et Jung

Alberto Savinio, “La Bataille de centaures”, 1930. Huile sur toile, collection privée. © akg-images

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Cet article est issu du numéro 195 de Philosophie magazine, en kiosque le 04 décembre 2025.

L’inconscient est-il ce que nous avons de plus profond et de plus personnel, ou bien est-ce une construction collective qui se déploie à l’échelle de l’espèce humaine ? Cette ambivalence, présente dès la naissance du concept, traverse les œuvres de Nietzsche, Freud ou encore Jung.

 

Quand est apparu le concept d’inconscient ? Il est antérieur à Freud. Dans la philosophie moderne, c’est avec l’Éthique (1677) de Spinoza que cette dimension de la vie psychique est pour la première fois décrite en termes rigoureux. Cependant, il y a chez Spinoza comme une hésitation : l’inconscient, est-ce la réserve des appétits qui nous meuvent à notre insu, un paquet de pulsions que nous avons du mal à avouer, y compris à nous-mêmes ? Ou est-ce au contraire quelque chose d’impersonnel, comme la somme des déterminismes biologiques et culturels dont nous avons hérité ?

“Ce qui nous est le plus personnel, les désirs qu’il y a en nous, se tiennent cachés dans la profondeur”

Au début du livre III de l’Éthique, Spinoza a cette remarque qui plaide pour la première conception – personnelle, intime – de l’inconscient : « Le désir, écrit-il, est l’appétit avec la conscience de lui-même. » Cela signifie que nous avons des désirs et des inclinations inconscients, contenus dans notre corps. Plus loin, au début du livre V, le philosophe indique une autre direction : « En tant que l’esprit comprend toutes choses comme nécessaires, il a par là une plus grande puissance sur les affects, autrement dit, il pâtit moins d’eux. » Ainsi nous prenons progressivement conscience du « nœud infini des causes » dans lequel nous sommes insérés, des lois de la nature auxquelles nous obéissons, et ce processus nous rend moins passifs, plus libres.

La conscience, un effet de surface ?

C’est à la lumière de cette alternative qu’il convient d’appréhender les débats ultérieurs autour du concept d’inconscient. Nietzsche n’avait pas lu l’Éthique, mais la pensée de Spinoza lui était connue. Pour lui, la conscience n’est qu’un effet de surface. Si nous sommes devenus des êtres conscients, c’est parce que nous avons pris l’habitude de communiquer avec les autres. Nos pensées ne sont pas intérieures, ce sont plutôt des actes de communication. Ce qui nous est le plus personnel, les désirs qu’il y a en nous, se tiennent cachés dans la profondeur. 

Freud a lu ces pages de près, qui écrit dans son article « Le Moi et le Ça » (1923) que « le Moi [c’est-à-dire la conscience] recouvre le Ça [l’inconscient] par sa surface […] à peu près comme le disque germinal recouvre l’œuf ». Le Moi n’est donc qu’une coquille, une interface fragile entre l’intérieur et l’extérieur, soumise aux contraintes du dehors – à ce qui est socialement acceptable, et plus largement au « principe de réalité ». Le Moi doit s’efforcer de contenir le Ça, conçu ici comme un ensemble de pulsions sauvages, comparées à des chevaux indomptés. Dans des lignes subtiles, Freud explique que toute la difficulté dans l’affaire est que le Moi ne peut tirer son énergie, sa force pour agir que des pulsions elles-mêmes, ce qui le met en porte-à-faux. 

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