Nouvelles vagues
Protéines : comme une traînée de poudre. La chronique d’Anne-Sophie Moreau
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Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 août 2026.
Des salles de sport aux rayons des supermarchés, les protéines sont partout ! Une quête du renforcement musculaire qui se substitue à l’obsession de la minceur et qui vaut pour les corps comme pour les entreprises.
Vous l’avez sans doute remarqué en errant dans les allées de votre supermarché : de plus en plus de produits affichent la mention « riche en protéines » sur leur emballage. Yaourts, céréales, boissons… Rien n’y échappe. Sur Instagram, des influenceuses vantent les bienfaits du skyr, délivrent des recettes de shaker aux blancs d’œuf et alertent sur la « sarcopénie ». Rien à voir avec les parties génitales de notre ancien président : il s’agit de la perte de muscles qui affecte chaque individu dès l’âge de 40 ans, paraît-il, et contre laquelle nous nous devons de lutter par tous les moyens – en soulevant de la fonte, bien sûr, mais aussi en ingérant un maximum de « prot’s ».
Un discours qui convainc, si j’en crois mes proches. « Grâce à une appli, je fais le compte à chaque repas pour être sûr d’en manger suffisamment », m’explique un ami, qui n’a pourtant rien d’un culturiste. La « protein mania » a emporté l’Occident, annonce le magazine américain The Atlantic – à tel point que l’industrie agro-alimentaire s’inquiète de voir survenir une pénurie de whey, cette poudre de protéines à base de lactosérum particulièrement appréciée par les sportifs. Parmi les populations ciblées par son marketing redoutable : les femmes. Des amies me confient être bombardées de vidéos les sommant d’augmenter leur consommation de protéines sans quoi les symptômes de la ménopause seraient décuplés. Fini le temps où nous étions sommées de mincir à l’extrême : aujourd’hui, la ménagère épanouie affiche de solides biceps et des abdos ciselés. Comment comprendre cette ferveur protéinée ?