La grande question

Pourquoi avons-nous besoin de la beauté ?

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Pourquoi avons-nous besoin de la beauté ?

De g. à dr. et de haut en bas : Emmanuel Kant, Friedrich Schiller, Platon, Friedrich Nietzsche et François Cheng. © Serge Picard pour PM © Domaine public

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Supporterions-nous de vivre dans un monde où tout serait laid ou monotone, comme l’est, par exemple, l’univers dystopique de Blade Runner, urbanisé à l’extrême, sombre et pluvieux ? Sans doute pas. Mais qu’est-ce qui fait que la beauté peut être ressentie non pas seulement à la manière d’un désir mais comme un besoin vital ? Cinq philosophes répondent.


Platon : parce qu’elle est la nourriture de l’âme

Que la beauté nous soit nécessaire, c’est ce que les Grecs avaient pressenti en la comparant à la lumière. C’est ce que l’on peut déduire de la philosophie de Platon, dans le Phèdre (dialogue sous-titré : « Sur le beau »). Il explique, à l’aide du mythe de l’attelage ailé raconté par Socrate que l’âme bien guidée est amenée à suivre le char d’Apollon – métaphore du soleil –, dont les chevaux se repaissent au firmament dans les plaines de la vérité. Autrement dit, si la beauté nous attire comme nous attire la lumière, c’est parce que, grâce à elle, notre âme s’élève vers ce à quoi elle est destinée : entrevoir la vérité ou se resouvenir de ce qu’elle a côtoyé dans une vie antérieure : « Lorsqu’un homme voit la beauté ici-bas, il est transporté dans le souvenir de la vraie beauté. » 

Mais il y a là un paradoxe : la beauté, par son extrême luminescence, nous aveugle si bien qu’elle est moins faite pour être vue que pour être… pensée. Pour Platon elle ne s’appréhende pas par les sens mais par l’âme, parce qu’elle est une Idée. Si donc la beauté est un besoin pour l’homme, c’est d’abord parce que notre âme a naturellement soif de savoir. Et que la connaissance vraie est tout simplement belle à contempler.

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