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Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen… Pourquoi les responsables politiques ont-ils tant de mal à être exemplaires ? Entretien avec Éric Buge

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Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen… Pourquoi les responsables politiques ont-ils tant de mal à être exemplaires ? Entretien avec Éric Buge

Éric Buge. Agrégé d’histoire, il est professeur associé de droit constitutionnel à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. © Collection particulière

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Cet article est issu du numéro 197 de Philosophie magazine, en kiosque le 19 février 2026.

Alors qu’hommes et femmes politiques, de Nicolas Sarkozy à Marine Le Pen, défilent devant les tribunaux, le public s’interroge sur leur probité. Le juriste Éric Buge propose ici une lecture historique des institutions de la vertu, censées contrôler l’exemplarité des gouvernants.

 

Comment rendre les responsables politiques plus vertueux ?

Éric Buge : On estime souvent que le bon gouvernement dépend essentiellement des qualités personnelles du gouvernant. Toute une tradition de pensée, humaniste notamment, a considéré qu’un bon gouvernement pouvait être atteint en éduquant le prince. Une autre conception considère les hommes tels qu’ils sont – bons ou mauvais. Il faut alors s’en remettre à des institutions politiques afin que « le pouvoir arrête le pouvoir », comme l’écrivait Montesquieu. Mon parti pris consiste à dépasser cette opposition : la vertu politique est en réalité le produit d’institutions spécifiques et non seulement des hommes. La démocratie athénienne, la république romaine et certaines communes italiennes médiévales avaient créé des institutions chargées de contrôler les dirigeants politiques. À Athènes, le peuple n’était pas souverain en raison des élections – la règle était le tirage au sort – mais parce que ses gouvernants étaient périodiquement contrôlés par le peuple. Des textes de l’orateur Démosthène affirment qu’il faut être tendre dans l’application des lois aux citoyens mais sévère lorsqu’elles s’appliquent aux gouvernants. L’idée est alors de garder sous contrôle ceux qui exercent des fonctions au nom de la Cité, en leur faisant passer des examens de conduite avant, pendant et après leurs fonctions publiques. Les institutions de l’exemplarité ou de la vertu visent à donner au gouvernant un intérêt à être désintéressé. Pour pouvoir faire carrière en politique, il faut accepter une série de contrôles visant à empêcher le détournement des fonctions publiques à des fins privées. Cette approche institutionnelle est aussi plus objective, car il n’y a pas de définition neutre de ce qu’est la vertu politique, valable en tous lieux et en tout temps, qui permette de discriminer les dirigeants vertueux de ceux qui ne le sont pas. 

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