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Michel Foucault à la radio

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Michel Foucault à la radio

 Le philosophe français Michel Foucault en 1977 © Michele Bancilhon/ AFP

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Michel Foucault (1926-1984) passait souvent à la radio. Restées inédites pour la plupart, ses interventions viennent d’être réunies en un passionnant volume. Frédéric Manzini a sélectionné trois belles pages de ces Entretiens radiophoniques (Flammarion, en collaboration avec l’INA et Vrin, 2024) qui donnent à lire un Foucault sémillant, curieux, très à l’aise à l’oral et saisi sur le vif du direct.


1. La folie a une histoire

La parution d’un nouveau livre a fréquemment offert à Foucault l’occasion de le présenter sur les ondes de la radio. C’est ainsi qu’il a été amené à s’entretenir avec le psychiatre Henri Baruk (1897-1999), médecin-chef à l’hôpital de Charenton, pour débattre du rapport entre raison et folie à l’occasion de la parution de son Histoire de la folie à l’âge classique (Plon, 1961). L’émission, qui fut diffusée le 16 décembre 1961 sur France III Nationale, lui permet de donner quelques résumés particulièrement clairs des thèses qu’il entend défendre. 

Dans l’extrait qui suit, il explique ainsi que la manière qu’a l’Occident de traiter la maladie comme une maladie mentale est le produit d’une évolution historique qui s’apparente à une réduction de perspective :

« Les fous étaient, jusqu’à la fin du XVIe siècle, traités de trois façons. Ou bien ils étaient traités dans les hôpitaux et soignés comme tels avec les médicaments et les thérapeutiques de l’époque (c’est-à-dire saignées, etc.). Ou bien ils étaient enfermés, en général dans des sortes de citadelles, dans des tours, les forteresses qui entouraient les villes ; et ils étaient là, on les montrait, c’était des sortes à la fois d’emblèmes de terreur et de répulsion. Et puis, troisième possibilité, bien sûr ils circulaient à l’état libre. On trouve dans la littérature du XVIe siècle, et encore dans la littérature baroque du début du XVIIe siècle, beaucoup d’allusions à ces personnages de fous qui distrayaient le public ; il y en avait même qui étaient célèbres, il y en avait qui écrivaient des livres : au début du XVIIe siècle, quelqu’un qui signait “le comte de Permission” et qui était un fou célèbre, protégé par les plus grandes familles françaises, vivant à leurs crochets, a publié des œuvres, qui sont des œuvres de délire.
C’est au Maroc, c’est en Égypte, c’est en Espagne, [c’est] également en Italie que l’on a vu se développer, à partir du XIe -XIIe siècle, des pratiques et des théories concernant la maladie mentale comme telle ou la folie comme maladie. Et c’est simplement, d’une façon beaucoup plus tardive, à la fin de la Renaissance, que nous voyons les médecins occidentaux, continentaux (français, allemands, anglais) s’interroger sur le problème de la folie comme sur un problème de pathologie. »

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