Entretien
Martin Ajdari, président de l’Arcom : “Définir le pluralisme relève d’un débat philosophique”
Le président de l’Arcom Martin Ajdari. © Thomas Samson/AFP
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Mise en demeure de CNews pour manquement à l’exigence de diversité des courants de pensée et d’opinion, mise en demeure de Radio France pour sous-représentation du Rassemblement national en journée : les récentes décisions de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) suscitent de vifs débats. Nous avons rencontré son président, Martin Ajdari.
Est-ce que vous sentez monter les tensions autour de votre institution à l’approche de l’élection présidentielle ?
Martin Ajdari : Je ne sais pas si c’est lié à l’approche de l’élection présidentielle, mais l’attention – et de plus en plus la tension – est effectivement assez palpable. Personnellement, je l’attribue plutôt à ce qu’on appelle assez communément la « polarisation » du débat public, qui fait que toute décision pouvant être interprétée comme donnant raison aux requêtes d’un camp est perçue comme étant partisane, alors même qu’elle ne vise qu’à appliquer le droit. Mais effectivement, on sent cette attention et cette tension croissantes, et on imagine volontiers qu’elles ne faibliront pas dans les mois à venir.
“Toute décision pouvant être interprétée comme donnant raison aux requêtes d’un camp est perçue comme étant partisane, alors même qu’elle ne vise qu’à appliquer le droit”
La récente mise en demeure de la chaîne CNews sur le pluralisme des courants de pensée et d’opinion a fait beaucoup réagir, peut-être davantage que celle concernant Radio France sur le pluralisme politique.
Ces deux décisions sont de natures différentes. Celle de Radio France relève classiquement du pluralisme politique au sens strict, qui se traduit par le décompte des temps de parole des politiques invités. En revanche, la mise en demeure de CNews portait sur la nouvelle lecture du pluralisme dans les médias audiovisuels issue d’une jurisprudence très récente (2024) du Conseil d’État, qui impose à l’Arcom de prendre en compte l’ensemble des intervenants à l’antenne. C’est la première fois que nous prenions une décision faisant grief dans ce domaine nouveau et assez complexe. Notre rôle consiste, dans ce cadre, à vérifier que, sur une durée suffisante, en l’occurrence un mois, il n’y ait pas de déséquilibre manifeste, excessif, dans la place laissée aux différents courants de pensée et d’opinion. Si ce pluralisme dit « élargi » suscite la méfiance et la désapprobation chez certains observateurs, je tiens à souligner que l’application des règles sur le pluralisme ne nous conduit absolument pas à porter une appréciation sur les opinions elles-mêmes.