Jeux de stratégie
Marine Le Pen sera-t-elle la nouvelle Giorgia Meloni ? La chronique de Michel Eltchaninoff
Marine Le Pen - Giorgia Meloni. ©AFP/Tiziana Fabi - Oscar Del Pozo
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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine, en kiosque le 30 octobre 2025.
Les deux femmes politiques ne sont pas sur la même ligne idéologique. Mais pour amener le Rassemblement national au pouvoir, Marine Le Pen va sans doute devoir se « méloniser ». C’est-à-dire encourager la même indifférence bienveillante que l’Italienne inspire désormais à certains de ses adversaires.
Plusieurs fois, ces derniers temps, j’ai entendu dire autour de moi : « Si Marine Le Pen arrive au pouvoir, ce n’est pas si grave ! Regardez Meloni ! » C’est vrai que la dirigeante post-fasciste a réussi à s’imposer. Elle dirige le gouvernement italien depuis trois ans. Pour l’Italie, et par comparaison à la France, c’est déjà pas mal. Elle demeure populaire. Elle affirme avoir redressé les finances publiques. Elle participe activement à la politique européenne, joue le rôle de médiatrice entre Donald Trump et nous. Avec ses mimiques d’exaspération, ses yeux qui roulent, son regard égaré, elle a même réussi à se rendre sympathique.
Elle a fait de l’immigration son cheval de bataille ? Elle n’en a pas moins accueilli 500 000 immigrés et a lancé une campagne d’investissements en Afrique. Elle est une adepte de la famille traditionnelle et du natalisme ? Elle défend néanmoins les femmes dont les photos intimes ou truquées sont exhibées par des hommes sur Internet. Bref, elle est PRAG-MA-TIQUE. Comme dit le fondateur du pragmatisme, William James, une idée n’est vraie que si elle « marche », si elle est « payante » : « La vérité se fait », affirme le philosophe américain dans Le Pragmatisme (1907). Meloni serait la digne élève de ce courant de pensée. Cependant, cette image est trompeuse, car la présidente du Conseil a par exemple voulu, sous prétexte de pénaliser l’organisation de rave parties, viser les rassemblements publics. Elle encourage la violence contre les bateaux de migrants. Elle attaque l’indépendance de la presse et de la justice.