Spécial Fête de la musique

“L’effet Mozart” : ce que la musique fait à l’esprit

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“L’effet Mozart” : ce que la musique fait à l’esprit

© Victoria Dokukina/Unsplash

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Écouter une sonate de Mozart rend-il plus intelligent ? Derrière cette promesse controversée se profile une question plus fondamentale : comment la musique peut-elle stimuler l’esprit ? Les réponses des neurosciences et des philosophes.


 

L’expression « effet Mozart » apparaît pour la première fois en 1993, dans un article publié par la célèbre revue Nature sous le titre « Music and spatial task performance ». Ses auteurs, les psychologues et neuroscientifiques Frances Rauscher, Gordon Shaw et Catherine Ky, avaient en effet observé qu’après avoir écouté la Sonate en ré majeur pour deux pianos (K. 448), des étudiants réussissaient légèrement mieux, pendant une dizaine de minutes, un test de raisonnement spatial qui faisait partie des mesures classiques du quotient intellectuel. L’effet mesuré avait beau être limité, temporaire, et spécifique à une certaine classe de tests, il n’en fallut pas davantage que le phénomène connut une fortune médiatique sans commune mesure avec sa portée réelle, au point de devenir le symbole d’une croyance : la musique peut rendre ceux qui l’écoutent plus intelligents — certaines musiques en tout cas, puisque seule celle de Mozart provoquait pareil résultat.

“La musique agit sur le cerveau comme un médicament naturel, capable de soulager, d’apaiser, de stimuler et de rassembler” Isabelle Peretz, neuroscientifique

 

Des travaux ultérieurs ont largement démenti cette conclusion. La neuroscientifique canadienne Isabelle Peretz, spécialiste des liens entre musique, cerveau et émotion, a montré que ce type d’effets était étroitement conditionné par l’état émotionnel de l’auditeur. Dans Soigner avec la musique. Nouvelles des neurosciences (Odile Jacob, 2026), elle souligne que les variations de performance observées après une écoute musicale ne tiennent pas à la structure de l’œuvre elle-même, mais aux modifications émotionnelles qu’elle induit, à savoir l’activation du système dopaminergique, modulation de l’attention et facilitation de certains processus mnésiques. « La musique agit sur le cerveau comme un médicament naturel, capable de soulager, d’apaiser, de stimuler et de rassembler », écrit-elle, en expliquant par exemple que la musique triste « favorise le retour sur soi » dans la mesure où, relativement lente, grave, en mode mineur et au timbre chaud, « [elle] invite à la méditation », à l’introspection et au réconfort. Les animaux (vaches, cochons, poules), et jusqu’à certains organismes végétaux, ajoute-t-elle, semblent également sensibles aux effets des stimulations sonores qui, par les vibrations, modifient certains indicateurs physiologiques liés au stress (rythme cardiaque, sécrétions hormonales, croissance), ce qui suggère que son action passe d’abord par une régulation des états d’activation plutôt que par un contenu proprement cognitif.

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