Le sens du voyage

Le défi de l’Everest ou la marchandisation de l’aventure

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Le défi de l’Everest ou la marchandisation de l’aventure

Mont Everest (Népal) : des alpinistes et des guides de montagne sont bloqués entre le sommet sud et le pas Hillary du mont Everest après qu’un effondrement de glace a détruit les cordes fixes utilisées pour l’escalade. © Narendra Shahi Thakuri/dpa/Maxppp

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Il y a un an, le youtubeur « Inoxtag » s’était donné pour mission de gravir l’Everest et de proposer un documentaire filmé sur son expédition. Mais faut-il médiatiser et rentabiliser ses voyages, au risque de perdre le sens profond de l’aventure ? Faisons l’ascension avec Vladimir Jankélévitch.


Le vidéaste Inoxtag, de son vrai nom Inès Benazzouz, s’était déjà fait connaître pour avoir passé une semaine seul sur une île déserte. Il y a un an, il s’est fixé un objectif encore plus ambitieux : gravir l’Everest. A-t-il réussi ? Nul ne sait. L’influenceur est bien rentré de son périple, mais, pour l’heure, personne ne peut confirmer qu’il est parvenu à atteindre le toit du monde. Ce suspense s’inscrit peut-être dans une stratégie de communication bien huilée, qu’il a mise en place depuis le début de sa préparation. Dans une vidéo semblable à une bande-annonce de blockbuster – ponctuée d’effets spéciaux, de musiques et de phrases chocs –,  le jeune homme de 22 ans avait évoqué son désir de « rêver grand », et la préparation de seulement un an qui l’attendait pour réaliser ce qu’il appelle aussi le « défi de sa vie ».

Cette décision très médiatisée pose problème sur le plan écologique. L’Everest est en train de devenir une poubelle à ciel ouvert, traversé par de récents épisodes « d’embouteillages » dus à l’afflux de touristes. Parmi les quelque 7 millions de personnes qui suivent Inoxtag sur YouTube, quelques-uns voudront peut-être l’imiter, contribuant à augmenter encore le nombre de visiteurs. Mais ce choix pose aussi question sur l’image de l’aventure, de l’aventurier et du rêve qu’il véhicule. 

 

« Une sordide mesquinerie » 

À ce titre, l’usage du terme « défi » n’est pas anodin. Un défi est une aventure organisée, rationalisée et méticuleusement préparée, qui ne laisse que très peu de marge au hasard. Comme une mission professionnelle ou un exploit sportif, il peut s’évaluer à l’aune des catégories d’échec ou de réussite. Le défi est donc aussi une forme d’entreprise de soi. En montrant qu’il est capable de gravir l’Everest, Inoxtag cherche à capitaliser sur son propre potentiel. Il se rapproche en l’occurrence de ce que le philosophe Vladimir Jankélévitch appelle les « professionnels de l’aventure », à savoir « les aventuriers » qui pensent l’aventure non pas comme « un style », une manière d’être, mais comme un véritable « système de vie », à la fois rentable et optimisé (L’Aventure, l’Ennui, le Sérieux, 1963). 

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