Jeux de stratégie
La Troisième Guerre mondiale ? Mais elle est déjà là ! La chronique de Michel Eltchaninoff
Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping lors du sommet des BRICS à Kazan, Russie, mercredi 23 octobre 2024. ©Alexander Zemlianichenko/AP Photo/Sipa© Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA
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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine, en kiosque le 05 décembre 2024.
Alors que le futur des États-Unis est incertain et que l’axe antidémocratique se renforce, il faut se rendre à l’évidence : même si elle est hybride et sans limites précises, une guerre mondiale a déjà commencé.
La Troisième Guerre mondiale est déjà là. Nous échappons aux violences qui accompagnent un conflit. Et n’avons pas du tout envie de replonger dans ce que nous imaginions comme de l’histoire ancienne ou du « plus jamais ça ». Et pourtant, nous y sommes. Il suffit de lever les yeux. Comme jadis, un axe s’est formé, qui entend faire basculer le monde. Poutine a commencé au milieu des années 2000. On pense qu’il a seulement la nostalgie de l’Union soviétique. Mais il ambitionne bien plus : en finir avec ce monde démocratique qu’il juge néfaste et décadent. Il y travaille sans relâche. Puis est venu Xi Jinping, résolu à faire de la Chine, par les voies du commerce et, si besoin, de la coercition, le leader mondial de demain. Poutine a peu de temps. Xi en a davantage. Peu à peu ils ont trouvé des alliés parmi de vieux États parias. L’Iran et la Corée du Nord participent à la guerre en Ukraine. Mais à Kazan, en octobre, de nouveaux candidats ont frappé à la porte des Brics+ pour y rejoindre l’Inde, l’Égypte, le Brésil, l’Afrique du Sud. Certains d’entre eux appartiennent à plusieurs alliances en même temps, mais ils sont certainement prêts à suivre le camp des vainqueurs. En face, les alliés de l’Ukraine sont faibles et divisés : l’Allemagne perd tous ses repères (plus de gaz russe, plus de marché chinois, plus de parapluie américain…). Le Royaume-Uni est inopérant. L’Italie se prétend atlantiste mais demeure attentiste. La France a perdu de sa superbe. La Hongrie a choisi son camp, celui de Donald Trump. Il n’est pas impossible que ce dernier veuille transformer les États-Unis en dictature délirante, voire pactiser avec certains adversaires d’hier.