Tribune

La philosophie du fumeur : vivre à en perdre haleine

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La philosophie du fumeur : vivre à en perdre haleine

© Zaya Odeesho/Unsplash

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Une nouvelle loi va restreindre l’usage de la cigarette dans l’espace public. Le philosophe Valentin Husson, auteur notamment de L’Art des vivres. Une philosophie du goût (PUF, 2023), déplore dans cette tribune l’hygiénisme qui préside à cette décision. Et se demande si, au lieu de tuer, la cigarette ne manifesterait pas plutôt une furieuse envie de vivre. 


 

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Le 1er juillet 2025 entrera en vigueur une loi interdisant de fumer dans les parcs, près des écoles, sous les abribus et les plages. Je pense qu’elle passera, comme toute loi, sans aucun émoi. Je ne vois plus beaucoup de gens fumer. J’ai moi-même arrêté il y a plus d’un an, même si je m’autorise encore parfois un cigarillo ou un bon cigare lors des soirs de fête (le Winston Churchill Late Hour de Davidoff avec ses feuilles vieillies dans des fûts de whisky). La marche du monde va dans ce sens. Il n’y a rien à regretter. Fumer tue. Comme tout plaisir de la vie. Ce qui suit n’est pas une défense du tabac, mais un éloge de ce qu’il symbolisait. Il est bien loin le temps où Sganarelle louait les vertus du tabac dans le Dom Juan (1665) de Molière, cette « passion des honnêtes gens ». Celui qui « vit sans tabac », ajoutait-il, « n’est pas digne de vivre ». C’est faux, naturellement. Mais Sganarelle s’obstine : le tabac « instruit les âmes à la vertu ». Et le charme de cette drogue, sa vertu, je peux bien le dire – puisque bientôt, plus personne ne fumera –, c’était celle d’être sociable. « Tu n’aurais pas une clope ? », et paf, la discussion pouvait être lancée. Le coup du feu marchait très bien aussi.

“Les plaisirs tuent, et quand tout sera aseptisé, on pourra enfin crever d’ennui” Valentin Husson
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