Jeux de stratégie

Gaza, Ukraine : deux poids, deux mesures ? La chronique de Michel Eltchaninoff

Temps de lecture : 3 min

Gaza, Ukraine : deux poids, deux mesures ? La chronique de Michel Eltchaninoff

© AFP

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 179 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 avril 2024.

On accuse souvent l’Occident de double standard, entre son engagement pour l’Ukraine et son impuissance à Gaza. Mais, en matière de politique, peut-on vraiment appliquer les mêmes règles ? 

 

Comment comprendre que l’on vienne en aide aux Ukrainiens attaqués mais qu’on ne fasse pas grand-chose pour sauver les populations civiles de Gaza de la violence et de la famine ? Que répondre à cet argument dévastateur ?

Premièrement, on pourrait se montrer plutôt brutal et dire avec le philosophe et juriste Carl Schmitt que le standard unique n’existe pas en politique. Dans le domaine moral et juridique, toute situation d’injustice est également condamnable. Or, soutient Schmitt, dans le champ des relations internationales, chaque État a ses « amis » et ses « ennemis », cultivant avec eux des relations de soutien mutuel ou d’hostilité. Il ne change pas ses alliances parce qu’un autre État agit mal. Je suis sceptique face à cet argument qui se veut réaliste mais ne l’est pas tant que ça. Dans les sociétés démocratiques, les citoyens ont le pouvoir de s’émouvoir et de s’emparer de questions qui paraissent lointaines à leurs dirigeants. Comme l’explique Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, « les hommes ayant à peu près la même manière de penser et de sentir, chacun d’eux peut juger en un moment des sensations de tous les autres : il jette un coup d’œil rapide sur lui-même ; […] En vain s’agira-t-il d’étrangers ou d’ennemis : l’imagination le met aussitôt à leur place. Elle mêle quelque chose de personnel à sa pitié, et le fait souffrir lui-même tandis qu’on déchire le corps de son semblable ». La pitié pour le lointain, quel qu’il soit, est éminemment politique. Il n’y a donc aucune raison de fermer les yeux sur un peuple qui souffre.

Cet article est réservé aux abonnés