Philo en série(s)

“Friends” a 30 ans : l’amitié est-elle le dernier refuge contre la violence du monde ?

Temps de lecture : 6 min

“Friends” a 30 ans : l’amitié est-elle le dernier refuge contre la violence du monde ?

Les 6 amis de la série “Friends” réunis au café “Central Perk”. De g.à dr. : les personnages de Joey, Phoebe, Ross, Rachel, Monica et Chandler. © NBC

Cet article est réservé aux abonnés.

Le 16 avril 1996, la série Friends s’installait sur les écrans français avec sa colocation, son café Central Perk et son canapé orange. Trente ans plus tard, le succès ne se dément pas. Est-ce par simple inclinaison nostalgique que la série continue de plaire, ou parce que celle-ci touche à une structure fondamentale de notre existence : le besoin d’appartenance ?


 

C’est un cas exceptionnel pour cet objet de consommation qu’est censé être une série : 30 ans après sa première diffusion, Friends continue de faire l’objet de rediffusions et reste encore très présent sur les plateformes de streaming. Nostalgie des années 1990 ? Plaisir de sa légèreté et de son efficacité comique ? Sans doute, mais pas seulement, car la série ne se contente pas de divertir : elle met en scène un modèle de « vie bonne » au sens antique fondée, comme son titre l’indique, sur l’amitié.

Plus précisément, elle met en scène, avec les codes de la pop culture, la philia telle qu’Aristote la théorise au livre VIII de l’Éthique à Nicomaque, à savoir une relation choisie (alors que la relation de famille est subie), stable dans la durée et exigeante, autrement dit fondée sur la vertu et les respect mutuel.

Aristote à Greenwich Village

Aristote distingue trois formes d’amitié : celle fondée sur l’utilité et l’intérêt mutuel (comme c’est le cas de collègues de travail), celle fondée sur le plaisir (dont la compagnie est agréable), et celle fondée sur la vertu, la forme la plus profonde et finalement la seule véritable, parce qu’elle engage la réciprocité, la reconnaissance mutuelle de la valeur morale de l’autre et la construction d’un monde commun. C’est cette troisième forme d’amitié qui lie les personnages de Ross, Rachel, Monica, Chandler, Joey et Phoebe ou, plus exactement, c’est vers elle que leur amitié, originellement fondée sur le plaisir et l’utilité, évolue. Ensemble, ils finissent par former une communauté de vie au sens fort du terme et, en se voyant quotidiennement, et en partageant leurs joies et leurs peines, ils cultivent une relation élective profonde, forte et structurante.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

GenreMoi