Exposition
Exposition “Conversation(s)” : les beaux duos du musée Unterlinden de Colmar
Conversation(s) au Musée Unterlinden. (Colmar) Hans Holbein l’Ancien Portrait de femme, vers 1515. © Musée Unterlinden / Photo : Christian Kempf - Pierre Soulages, Peinture 159 × 202 cm, 13 septembre 1966, 1966. © Musée Unterlinden / Photo : Christian Kempf / © Adagp, Paris, 2026
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Cette exposition proposée par le musée Unterlinden fait dialoguer les beautés d’œuvres anciennes et modernes d’après le principe des affinités électives.
Un grand tableau de Pierre Soulages et un petit Portrait de femme de Hans Holbein l’Ancien. Plus de quatre siècles les séparent, mais ils partagent une cimaise et les mêmes teintes d’un noir lumineux. Nino Barattini, le nouveau conservateur du musée Unterlinden, les as réunis avec la conviction que ces deux beautés entrent en dialogue malgré l’anachronisme et la disproportion. Ou plutôt grâce à eux ! Car des vingt-cinq frictions qu’il a imaginées, réunissant chaque fois une paire (soit cinquante pièces au total), naissent d’étonnantes « conversation(s) », selon le titre de l’exposition. Elle puise principalement dans le fonds de la collection médiévale et contemporaine de l’institution. Ainsi, Une composition murale de Serge Poliakoff, aussi nommée Iconostase (1965-1967), jouxte un minuscule mais éclatant Retable de la vie de la Vierge datant de 1420. Une luxueuse croix processionnelle (de la fin du XVIe) se retrouve au centre d’une composition de Robert Combas, trente-trois amusants Crucifix crucifiés (2014-2016), réalisés à partir de pinceaux et de tubes de peinture à tête de Christ. Résonance, confrontation ou écho, selon la forme, le motif, la technique ou le sujet : la nature des mises en relation varie mais reste « équitable » selon le conservateur – et il est vrai que jamais aucune œuvre n’écrase l’autre. Suivant un principe d’affinités électives, cette modalité d’accrochage n’est pas complètement inédite. André Malraux a lui-même joué de ces rapprochements et contrastes dans son Musée imaginaire (Gallimard, 1947), un essai qui a fait date. Pour lui, « le Musée imaginaire n’est pas un héritage de ferveurs disparues, c’est une assemblée d’œuvres d’art ». Outrepassant les habituelles classifications, les périodes et les écoles, il ordonne subjectivement la reproduction d’objets éloignés dans l’espace et le temps, mais qui se répondent. « Les langages de l’art ne sont pas semblables à la parole, mais frères secrets de la musique », conclut l’écrivain. À Colmar, ces accords sonnent merveilleusement bien !