Entretien

Eva Illouz : “L’ostracisme antisémite se produit désormais sous couvert de vertu démocratique”

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Eva Illouz : “L’ostracisme antisémite se produit désormais sous couvert de vertu démocratique”

Eva Illouz. © James Startt

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Persona non grata. Alors qu’elle devait intervenir à l’université de Rotterdam fin novembre, Eva Illouz a vu son invitation retirée au prétexte que son ancienne affiliation avec l’université hébraïque de Jérusalem contrevenait au boycott académique et culturel visant Israël. En guise de soutien, nous avons invité l’autrice de La Civilisation des émotions (Seuil, 2025) à revenir sur un incident d’autant plus absurde que le gouvernement israélien l’a disqualifiée du prix Israël en début d’année pour ses déclarations jugées « anti-israéliennes ».


 

Dans quelles circonstances avez-vous appris la décision de l’université néerlandaise ?

Eva Illouz : La décision n’était pas exactement celle de l’université, mais celle d’une unité de recherche, en l’occurrence un consortium de personnes relevant de différentes disciplines mais qui ont en commun d’étudier « l’attachement » et qui se font appeler Love Lab – même si, à mon sens, ils devraient plutôt s’appeler Hate Lab ! Pour être plus précise, il était prévu un double événement : le premier et le plus important, organisé par le département de sociologie à l’occasion de la sortie de la traduction en néerlandais de mon essai Explosive Modernité, est parfaitement maintenu, et c’est le second, organisé par ce Love Lab en se greffant au premier, qui a été déprogrammé. Ils m’ont contactée pour m’expliquer qu’en effet, l’université Erasmus de Rotterdam avait rompu tout lien avec l’université hébraïque de Jérusalem, ce à quoi j’ai rappelé que j’étais citoyenne française enseignant dans une université française. Ils m’ont répondu qu’ils en avaient parfaitement conscience mais que certaines personnes s’étaient déclarées mal à l’aise avec ma présence. Aucune raison ou motif. Rien. Jugez-en : ceux qui se sont élevés contre ma présence ont considéré comme preuve de mon affiliation à l’université hébraïque le fait que j’ai gardé mon adresse électronique de l’université : c’est vous dire jusqu’où l’on pousse la faute ! Ils ont même ajouté que je pouvais être rassurée car la décision avait été prise de manière parfaitement démocratique…

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