Nouvelles vagues
Du collagène pour le corps politique ? La chronique d’Anne-Sophie Moreau
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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine, en kiosque le 26 septembre 2024.
Les stars comme les anonymes s’arrachent cette substance qui permet de tenir ensemble les tissus de notre organisme. Une métaphore de notre volonté de recoller les morceaux d’une société toujours plus divisée ?
Avez-vous entendu parler de la ruée vers le collagène ? C’est après mon accouchement que j’ai eu vent de cet ingrédient prodigieux, censé aider – si j’en crois les réclames qui se sont mises à pulluler sur mes réseaux sociaux, toujours plus au fait de mes propres angoisses que moi-même – à réparer mon corps abîmé par la grossesse. J’ai alors découvert un univers méconnu : celui des nombreuses stars mais aussi des femmes ordinaires qui ingèrent quotidiennement du bouillon d’os, préparé à partir de carcasses de poulet, de bœuf ou de porc que l’on fait mijoter pendant des heures.
Si cette recette de grand-mère oubliée refait irruption dans les cuisines, c’est pour sa haute teneur en collagène, une protéine présente dans les tissus conjonctifs de notre organisme : les tendons, les ligaments… ou encore la peau. D’où les propriétés extraordinaires qu’on lui prête : le collagène est censé maintenir l’élasticité et la fermeté desdits tissus, ce qui favoriserait la cicatrisation, améliorerait la santé articulaire et – de quoi séduire les coquettes – atténuerait les rides. Disponible sous forme de gélules, de tisanes ou de smoothies, la poudre miracle a envahi les rayons des pharmacies, où ses ventes ont crû de 72 %.