Des jardins botaniques aux serres

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Cet article est issu du Hors-série n°65 de Philosophie magazine, en kiosque le 07 mai 2025.

Qu’il s’agisse de les étudier à des fins scientifiques, de les adapter pour des raisons lucratives ou de les conserver, les jardins botaniques, d’acclimatation ou d’hiver rassemblent les fleurs d’ici et d’ailleurs pour le bonheur des visiteurs. Ils composent une anthologie : étymologiquement un discours (logos) sur les fleurs (anthos), bref, un florilège.

 

Toujours en écart de la nature environnante, le jardin mélange plantes locales et fleurs de contrées plus lointaines. Différentes régions du globe coexistent, rassemblées en un même lieu vivant. Ce mariage suppose, en ce qui concerne les végétaux exotiques, des procédés d’acclimatation dont on trouve la trace depuis des millénaires. Déjà dans l’ancienne Mésopotamie « on peut parler de véritables “parcs d’acclimatation” et de “jardins botaniques” » , explique Pierre Grimal dans L’Art des jardins (PUF, 1974) . Ainsi, le roi Sargon III entreprit la création d’un « immense parc, réplique des monts de l’Amanus », pour y rassembler « toutes les essences aromatiques du pays des Hittites » (l’Anatolie). « Ce faisant, il voulait acclimater pour sa gloire et son plaisir les merveilles d’une terre étrangère, à laquelle sa capitale n’aurait plus rien à envier. » Mais c’est surtout avec la renaissance européenne que se développent ces techniques alors que commence la première mondialisation.

Les jardins botaniques

Si tout jardin, dans une mesure plus ou moins grande, rassemble des espèces d’origines différentes, le jardin botanique fait de ce rassemblement son principe même d’organisation. Il s’agit d’exposer une importante variété d’espèces végétales précisément identifiées à des fins moins esthétiques que pédagogiques et scientifiques. Le jardin botanique est un outil de recherche et de conservation. Certains sont spécialisés dans un type de végétaux (bambouseraies, cacteraies, orangeries, etc.) ou un type de climat (jardin alpin, jardin méditerranéen, etc.). D’autres s’organisent en différents espaces thématiques. Le premier jardin botanique, l’Orto botanico, est créé à Pise en 1543. Padoue et Florence suivent. Le phénomène essaime bientôt dans toute l’Europe. Les plus grands jardins botaniques sont aujourd’hui ceux de Montréal et les Kew Gardens de Londres, qu’évoque Virgina Woolf dans la nouvelle du même nom. Le grand-père de Charles Darwin, Erasmus Darwin, chantera aussi ces jardins dans The Botanic Garden : « Ainsi trône l’orgueil végétal / Kew impériale au bord de la Tamise scintillante ; / Les voiles obéissantes des royaumes non cultivés amènent /Pour elle la progéniture sans nom du printemps. » Le ton est évidemment très colonial.

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