L’art selon Deleuze
Deleuze, la peinture et Francis Bacon
Francis Bacon, Triptych, 1970, purchased 1973. © The Estate of Francis Bacon /All rights reserved / Adagp, Paris and DACS, London, 2024.
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Cet article est issu du Hors-série n°63 de Philosophie magazine, en kiosque le 04 décembre 2024.
Déformés, torturés, tétanisés, la représentation des corps chez Bacon a fortement inspiré Deleuze, qui a consacré plusieurs écrits à l’analyse de ses toiles non pour décrypter la pensée du peintre mais pour se réjouir d’un renouvellement de la perception de l’image.
Voir les peintures de Francis Bacon, c’est bien, comme le dit Deleuze dans un entretien, faire l’épreuve d’un « choc ». Mais ce choc se dérobe immédiatement à toute description simple. Car de quoi sommes-nous choqués, au juste ? Ces corps qui implosent, peut-on dire qu’ils sont torturés ? Où se loge la violence, face à cette bouche qui hurle en silence dans le vide ? Décrire la peinture de Bacon sans rien raconter, rendre compte de la violence de ces figures contorsionnées, ces visages défaits, ces chairs à vif, sans tomber dans la facilité du sensationnel, tel est le défi qui anime l’écriture de Deleuze lorsqu’il se confronte, en 1981, aux toiles du peintre anglais, dix ans après l’importante rétrospective qui s’est tenue au Grand Palais. Défi qui l’amène à prendre en charge « un aspect des tableaux de Bacon » dans chacun des seize chapitres de Logique de la sensation (Éditions de la Différence, 1981) : creuser l’écart qui sépare la description figurative spontanée (les corps torturés seraient l’expression de l’âme tourmentée de Bacon) de l’attention à la présence singulièrement insistante, « hystérique », des figures représentées.