Généalogie d’une notion

Critique du producérisme, la vision de la société qui inspire l’extrême droite

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Critique du producérisme, la vision de la société qui inspire l’extrême droite

Mount Pleasant, Wisconsin (États-Unis), le 28 juin 2018. De g. à dr. : un responsable non identifié, le gouverneur du Wisconsin Scott Walker, l’ex-président américain Donald Trump, le président de l’entreprise Foxconn Terry Gou et le président de la Chambre des représentants des États-Unis Paul Ryan participent à l’inauguration des travaux d’implantation d’une usine Foxconn au parc scientifique et technologique de Wisconsin Valley. © Brendan Smialowski/AFP

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Vous connaissez le consumérisme mais peut-être pas le « producérisme ». C’est pourtant le grand levier de la critique sociale qui est au cœur du nouveau discours de l’extrême droite populiste, de Trump à Marine Le Pen et Jordan Bardella. Derrière ce décalque du terme anglais producerism se cache une vision du monde prétendant défendre la classe moyenne qui s’épuise au travail au double bénéfice des élites (jouisseuses) et des fainéants (profiteurs). Éclairage critique grâce à Weber et Nietzsche.


Interrogée lors d’un débat

Depuis le XIXe siècle, la gauche dispose avec le marxisme d’une grille de lecture éprouvée pour comprendre les rapports de force qui traversent la société. Selon elle, la société serait principalement divisée en deux classes antagonistes – avec d’un côté la bourgeoisie capitaliste, détentrice des moyens de production, et de l’autre côté, le prolétariat, qui vend à la première sa force de travail et serait ainsi « exploitée » par elle. Mais voici qu’émerge depuis quelques années, à droite et surtout à l’extrême droite de l’échiquier politique, d’abord aux États-Unis puis maintenant en Europe, une autre conception, qui propose une lecture sensiblement différente des rapports sociaux et des intérêts de classe.

Entre élites corrompues et défavorisés parasites

Théorisé par les essayistes américains Chip Berlet et Matthew N. Lyons comme relevant du populisme dans leur livre Right-Wing Populism in America (Guilford Press, 2000), le producérisme selon eux se caractérise par le fait qu’il divise la société en trois strates :

  • Tout en bas de l’échelle sociale figurent l’ensemble des « parasites », qui profiteraient sans vergogne des largesses des aides sociales et de la générosité des politiques de redistribution, sans eux-mêmes ni cotiser ni produire quoi que ce soit. Il s’agirait de tous les fainéants, les chômeurs, les immigrés, les marginaux, les intermittents du spectacle et ceux qui composent ce que Marx appelait le lumpenprolétariat.
  • Tout en haut de l’échelle sociale au contraire se tiennent les diverses « élites » qui, par intérêt et par cynisme, déploieraient de savantes stratégies d’évitement fiscal et, pas plus que les premiers, ne participeraient réellement à la production de richesses. Ces élites seraient composées des financiers mais aussi des artistes, des intellectuels, des bureaucrates ou des syndicalistes, notamment.
  • Pris en tenaille entre les uns et les autres, au milieu de l’échelle sociale, figure la masse du « peuple » qui, seul, travaillerait. Docile – du moins jusqu’à ce qu’il se révolte – et véritable victime du « système », il se sacrifierait et paierait pour les uns et pour les autres. C’est la classe des producers, les producteurs, c’est-à-dire de ceux dont l’activité professionnelle serait réellement et directement productrice de richesses : les agriculteurs, les ouvriers et autres artisans par exemple, à savoir d’abord et avant tout ceux qui exercent une activité manuelle.
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