Cinéma

Boris Lojkine : “‘L’Histoire de Souleymane’ cherche à faire vivre sensoriellement au spectateur l’existence d’un migrant”

Temps de lecture : 8 min

Boris Lojkine : “‘L’Histoire de Souleymane’ cherche à faire vivre sensoriellement au spectateur l’existence d’un migrant”

Boris Lojkine, réalisateur du film “L’Histoire de Souleymane”. © Laurent VU/Sipa

Cet article est réservé aux abonnés.

Après le prix du jury à Cannes, L’Histoire de Souleymane vient de remporter quatre Césars, dont celui du meilleur scénario. Le film nous fait partager les difficultés et les peurs d’un jeune livreur à vélo guinéen dans les rues de Paris. L’occasion de rencontrer son réalisateur Boris Lojkine qui, avant de basculer dans le cinéma, a passé l’agrégation de philosophie, l’a enseignée et a même consacré une thèse à la crise et à l’histoire, autour de Husserl et Heidegger. Si cette passion continue d’infuser sa façon de faire du cinéma, il a voulu vivre autre chose à travers le septième art. Rencontre. 


 

Comment réagissez-vous au beau succès critique et public de votre dernier film ?

Boris Lojkine : C’est tout nouveau pour moi. J’ai toujours obtenu de nombreux prix avec mes films dans plein de festivals, mais c’est la première fois que le succès est également public : L’Histoire de Souleymane a dépassé les 600 000 entrées [depuis le 9 octobre 2024] ! Pour un film d’auteur, sans acteur connu dans le casting, dont le personnage principal est un Africain, qui n’est pas une comédie et dont le propos est même assez sombre, c’est complètement inespéré et hors norme. À titre personnel, je savoure cette récompense, pour un projet que j’ai fait sans compromis et sans chercher à faire un succès, de manière peut-être plus cohérente qu’auparavant et en radicalisant ma démarche. Mais il y a également une autre explication : ce film rencontre une préoccupation dans la société autour du sort de ces migrants. Je pense que je dois beaucoup d’entrées à l’extrémisme de Bruno Retailleau !

“Pour un film d’auteur, sans acteur connu dans le casting, dont le personnage principal est un Africain, qui n’est pas une comédie et dont le propos est même assez sombre, son succès est complètement inespéré” Boris Lojkine

 

Parce que vous aviez fait des compromis avec vos deux films précédents, Hope (2014) et Camille (2019) ?

Non, j’ai toujours fait les films que j’avais envie de faire, mais mon rapport au cinéma a gagné en maturité. Je suis un autodidacte en la matière : j’apprends en faisant. Et sur ce projet-là, j’étais plus conscient des moyens d’expression, des moyens techniques, de la manière de composer et d’utiliser une équipe, de fabriquer un plan de travail, bref, de la méthode de fabrication d’un film. Je n’ai pas fait L’Histoire de Souleymane en suivant les recommandations de mes techniciens, j’ai davantage maîtrisé le processus. D’une manière générale, ce sont les techniciens – au son, à l’image, au montage, etc. – qui savent comment faire un film, et ce cadre-là se transmet presque inconsciemment d’un film à l’autre. C’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi un film français ressemble à un film français (l’autre est sans doute la tradition littéraire inscrite dans la culture française autour des dialogues, dans l’esprit de Molière ou de Marivaux). Mais on peut tordre un peu la chose, et j’espère que L’Histoire de Souleymane ne ressemble pas tout à fait à un film français.

Cet article est réservé aux abonnés