Théâtre
“Avant la terreur” : rex nihilo
Avant la terreur © Simon Gosselin
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 179 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 avril 2024.
L’adaptation du Richard III de Shakespeare par Vincent Macaigne sème le chaos sur scène pour mieux exorciser les tentations nihilistes contemporaines. Une vision survoltée, rageuse et enthousiasmante !
Ce Richard III n’est pas un monstre méchant par nature ; il n’est pas un rejeton, rendu sadique par un manque d’amour ; ce n’est pas, non plus, un tyran paranoïaque, ayant fait le choix du mal. Il est plutôt l’enfant gâté d’une génération sacrifiée, l’héritier d’un monde empoisonné, où n’existent plus que l’excès et la consumation de tout : de la Terre, des autres et de soi-même. Dans son adaptation très libre de la pièce de Shakespeare, Vincent Macaigne fait du roi maudit un enfant pourri par ses pairs qui ont fait de l’accaparement du monde la source de leur pouvoir et le sens de leur existence. La troupe survoltée tient de bout en bout cette pièce pourtant chaotique, où le metteur en scène, malgré son sens de l’adaptation, fait preuve de procédés éprouvés qui, de contemporains, pourraient finir par paraître éculés : de la vidéo en gros plan, des répliques vociférées, de la matière – terre, boue, sang… – qui gicle et se déverse dans un cube de moins en moins blanc. Reste que ce spectacle rageur ne sombre pas dans l’absurdité nihiliste. Il déjoue la tentation de la défaite, ce « nihilisme passif » dont parle Nietzsche, un « nihilisme fatigué », qui se réfugie dans des arrière-mondes pour se détourner du seul, fragile, que nous ayons ici-bas. Mais il surpasse aussi le « nihilisme actif », comme « force violente de destruction » et apocalypse sans lendemain. Comment ? En tablant sur la création (artistiquement notamment), autrement dit, en suivant Nietzsche, une « volonté de puissance », soit un accroissement de la force vitale, qui « ne peut se manifester qu’au contact de résistances ».