Exposition
Andy Warhol, l’homme qui voulait “devenir une machine”
Andy Warhol, “Self-Portrait (Passport Photograph with Altered Nose)”, 1956. Crayon sur tirage argentique, 7 x 6.4 cm. The Andy Warhol Museum, Pittsburgh; Founding Collection, Contribution The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts. © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc./Licensed by ADAGP, Paris 2026 — Andy Warhol, “Campbell’s Soup Can Over Coke Bottle”, 1962. Crayon et aquarelle sur papier, 59.7 x 45.1 cm. Courtesy The Brant Foundation, Greenwich, CT, USA Photo : Sean Keena. © The Andy Warhol Foundation for the Visual. Arts, Inc./Licensed by ADAGP, Paris 2026
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L’exposition que lui consacre le musée du Luxembourg à Paris met en lumière le Warhol dessinateur et la place que cet artiste a accordée au geste manuel. Les philosophes Leibniz et Arthur Danto nous aident à comprendre comment la mécanique warholienne révèle la différence et la singularité.
Boîtes de soupe Campbell, cartons de savons Brillo, sérigraphies multicolores de Marilyn Monroe, d’Elizabeth Taylor ou d’Elvis Presley… Au premier abord, l’art d’Andy Warhol paraît consubstantiel à la production industrielle de masse, en série, voire à la technique du clonage, comme semble le confirmer la profession de foi du pape du pop art qui, en 1963 déclarait : « Je voudrais être une machine. » Son programme artistique paraît simple, à savoir congédier l’intériorité du peintre, renoncer au dogme de l’originalité et confier la création aux procédés de reproduction technique. En introduisant dans l’espace muséal des images préexistantes tirées de la réclame ou des faits divers, Warhol semblait acter la mort définitive du geste pictural traditionnel.
“Warhol n’a en réalité jamais abandonné le crayon ni le pinceau”
Pourtant, la rétrospective Andy Warhol. La ligne et l’image, présentée au musée du Luxembourg, à Paris, bouscule cette mythologie trop bien huilée. Comme le souligne le commissaire de l’exposition Alain Cueff, concevoir un parcours centré sur le dessin chez un artiste réputé avoir tout sacrifié à la sérigraphie constitue un parti pris téméraire. On y découvre un Warhol méconnu, infatigable dessinateur qui, formé aux arts appliqués à Pittsburgh, puis illustrateur publicitaire prolifique à New York dans les années 1950, n’a en réalité jamais abandonné le crayon ni le pinceau.
Une telle présence vient percuter nos certitudes : comment l’artiste de la standardisation et des séries a-t-il pu concilier le geste manuel – par nature singulier, organique et imprévisible – avec une esthétique de la reproduction mécanique ?