Hors-série “L’amour au XXIe siècle”

Amour et charge mentale : un couple explosif, par Sonia Feertchak

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Cet article est issu du Hors-série n°61 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 juin 2024.

Aujourd’hui encore, le déséquilibre dans la charge mentale au sein des couples demeure. Et personne n’en sort gagnant… surtout pas l’amour.

 

L’amour est doté de ce vice, et de cette vertu, de devoir concilier le sublime et le trivial, de relever d’un absolu qui nous élève et des contingences les plus désagréables. Un grand écart qui fait notre condition de mortels. Et d’amoureux. À voir. On dit qu’avec le temps les épouses tendent à devenir les mères de leur mari, lesquels inclinent à devenir leur enfant. Comment la métamorphose s’opère-t-elle ? Qui se ­transforme en ­premier : elle ou lui ?

La mutation se fait de conserve et la charge mentale en est responsable. Formalisée en 1976 par Monique ­Haicault qui avait observé que les tâches ­professionnelles et domestiques ne se suivent pas dans la journée mais se juxtaposent, la sociologue du travail a finalisé le concept dans un article de 1984, « La gestion ordinaire de la vie en deux ». Quand la charge mentale pèse de façon asymétrique sur les épaules féminines – ce qui est encore le cas le plus fréquent –, la ­situation est éreintante, ce qui, en soi, est un tue-l’amour. Mais, plus radicalement, cette asymétrie de responsabilités casse la relation amoureuse en ­redistribuant les rôles de façon pernicieuse.

Différence ontologique d’abord, sous pression les hommes s’expriment moins que les femmes. Atavisme des rôles ­féminin-masculin ou ­différences ­cognitives innées, cet ordre des choses est si installé que, lorsqu’elles sont en couple, les femmes l’ont déjà entériné ; elles n’en tiennent pas rigueur à leur conjoint et s’adaptent – un verbe épouvantablement féminin. Les femmes passent l’éponge, elles l’ont toujours fait : sur les sautes d’humeur et les absences, au sens large, de leurs hommes, sur leur moindre efficacité au logis, leur ­difficulté à tenir compte des contingences matérielles et des ­éventuels débordements du réel.

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