Emportés par la foule...
Sommes-nous tous des fous en puissance ? Enquête sur la psychose collective
“La Rage dansante”. Gravure sur cuivre par Hendrik Hondius (1573-1649), d’après un dessin de Pieter Brueghel l’Ancien datant de 1564. © Domaine public
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Miaulements, crises de rires, malaises, paralysie, danses incontrôlables, sont certains des différents symptômes des maladies psychogènes de masses, ou psychoses collectives. Quand une communauté entière déraille, sans explication biologique, les penseurs s’interrogent.
Le 15 juillet 1518, à Strasbourg, une cinquantaine de personnes se lancent dans une danse frénétique qui dure des semaines, jour et nuit, jusqu’à épuisement. Certains interprètent ce phénomène comme une révolte des femmes contre la tyrannie conjugale, d’autres évoquent une intoxication au seigle, tandis que d’autres encore y voient l’expression d’un désespoir commun face aux difficultés de la population. Ce cas de psychose collective, bien que spectaculaire, n’est pas unique : des épisodes similaires ont ponctué l’histoire humaine, prenant des formes variées. Mais comment expliquer de tels phénomènes ? Sommes-nous tous susceptibles de devenir fous ?
Revenons sur la définition. La psychose collective désigne la propagation, sans qu’aucun agent infectieux n’en soit responsable, de symptômes physiques et psychologiques d’une maladie au sein d’une population. Quand elle est observée, elle l’est fréquemment au sein de groupes socialement vulnérables, elle se manifeste par des symptômes de malaises, de paralysie, de mouvements et paroles incontrôlées.
Le poids des croyances
Dans certaines sociétés, les symptômes des psychoses collectives ne sont pas simplement interprétés comme des troubles psychologiques, mais comme des phénomènes spirituels ou des possessions démoniaques. Un exemple marquant est présenté dans l’exposition On Mass Hysteria de la photographe Laia Abril, actuellement au BAL, à Paris. Au début des années 2000, des milliers d’ouvrières cambodgiennes s’évanouissent dans les usines de textile, sans cause biologique apparente. Les femmes touchées par ce phénomène affirment avoir été possédées par les esprits des Cambodgiens tués pendant le génocide khmer rouge.