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Le livre du jour

“L’Objet de beauté”, de Santiago Espinosa

Hannah Attar publié le 26 avril 2021 3 min

Voici un vigoureux appel à réveiller notre sens esthétique – alors que nous nous apprêtons (enfin, on l’espère) à retrouver musées, théâtres et cinémas. Dans son livre, L’Objet de beauté, qui vient de paraître aux éditions Encre marine, le philosophe Santiago Espinosa pose une question tranchante : apprécie-t-on vraiment l’art pour ce qu’il est ? Non. On essaye d’en dévoiler le sens, on la rattache à ce qu’elle dit de son époque ou de son auteur, on salue l’engagement dont elle témoigne. On cherche toujours des raisons extérieures de l’apprécier, mais on la regarde rarement pour elle-même. Or l’« objet de beauté » se suffit à lui-même. Seulement, pour accéder à ce qu’il a à nous dire, il faut prendre la peine d’entrer dans son langage propre. 

  • « On est invités à aimer dans l’art autre chose que ce qu’il offre concrètement à voir et à entendre », estime Santiago Espinosa. Notre rapport à l’art est obstrué par l’obsession de l’interprétation et de l’explication. Le philosophe dénonce une longue tradition de mépris du sens esthétique. Déjà chez les Grecs, l’art est conçu comme mimesis. L’oeuvre réussie est celle qui offre l’« imitation » la plus fidèle de la réalité. Aujourd’hui, on attend de l’art qu’il « exprime » quelque chose. Aussi on juge l’œuvre à l’aune des analyses historiques, biographiques, socio-politiques qui viennent expliciter son propos… et lui conférer ou non sa valeur. Si bien qu’on apprécie finalement moins une œuvre pour ce qu’elle est que pour le discours qui l’accompagne. Dans le pire des cas cela donne lieu à des considérations morales qui n’ont plus grand chose à voir avec l’art. L’œuvre tire souvent sa légitimité des intentions de l’artiste. Espinosa évoque ainsi le bouquet de fleurs géant offert à la Ville de Paris par Jeff Koons en hommage aux victimes des attentats.
  • Cette tendance détourne le regard du spectateur et dépossède l’œuvre de sa véritable valeur esthétique. Faut-il vraiment connaitre l’histoire de l’Italie du XVIIe siècle pour être saisi par la peinture du Caravage ? Ou l’histoire de l’Espagne du XXe siècle pour être bouleversé par Guernica ? « L’émotion que suscite la contemplation n’est pas, du moins au premier abord, intellectuelle, mais est elle-même esthétique », rappelle Espinosa. Il cherche à dépouiller l’œuvre des discours qui l’enrobent et empêchent de la voir. Chacune naît, prend forme et nous parle dans une langue qui lui est propre. Après tout, « la musique s’adresse à l’oreille ». Si la peinture en appelle au sens pictural, et la musique au sens musical, c’est en essayant de s’installer dans son langage et de « se sentir à l’aise en elle » que l’œuvre peut nous émouvoir.
  • Se réconcilier avec le sens esthétique permet de voir ce à quoi seule l’œuvre d’art peut nous donner accès : des fragments de réalité. Elle est, au fond, « création de quelque chose d’inédit, d’insaisissable autrement que par la contemplation esthétique ». Les traduire, c’est déjà en perdre du sens et de l’éclat. C’est pourquoi elle ne donne pas à réfléchir, mais à sentir. Elle vivifie notre regard sur le réel. Elle a le pouvoir de troquer un contact « lisse » avec les choses par un contact « rugueux », en montrant notamment le banal, le laid, l’absurde, et en les rendant dignes d’intérêt… et beaux. En cela, l’art est une véritable « approbation du réel », que seule l’aura esthétique nous dévoile. 

 

L’Objet de beauté, de Santiago Espinosa vient de paraître aux éditions Encre marine (240 p. + 34 illustrations en couleur ; 25,90 € en version imprimée, 17,99 € en version dématérialisée). Il est disponible sur le site de l’éditeur, ainsi que chez votre libraire.

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