Un classique éclaire le présent

“L’Europe est mortelle” : quand Emmanuel Macron cite Paul Valéry

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“L’Europe est mortelle” : quand Emmanuel Macron cite Paul Valéry

Paul Valéry en1925. © Heritage images / Aurimages

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Le président de la République a cité Paul Valéry dans son discours sur l’Europe, prononcé hier à la Sorbonne. Mais que disait exactement l’écrivain de l’état du continent ?


 

« Nous devons être lucides sur le fait que notre Europe, aujourd’hui, est mortelle, déclarait hier Emmanuel Macron lors de son discours à la Sorbonne. Elle peut mourir et cela dépend uniquement de nos choix. » Le président de la République fait ainsi référence à un célèbre prophète de malheur : Paul Valéry. « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », annonçait l’écrivain dans La Crise de l’esprit. Voici un extrait de son diagnostic :

« Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas notre affaire.
Elam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie… Ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. »

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