Tribune

L’école a-t-elle encore un avenir avec l’IA ?

Temps de lecture : 7 min

L’école a-t-elle encore un avenir avec l’IA ?

Une salle de classe en septembre 2023. © Miguel Medina/AFP

Cet article est réservé aux abonnés.

Alors que s’ouvre aujourd’hui au Grand Palais, à Paris, un sommet international autour de l’IA, et que la ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne vient d’annoncer des cours d’initiation à l’IA à la rentrée prochaine pour tous les élèves de quatrième et de seconde, Valentin Husson, professeur de philosophie au lycée Couffignal à Strasbourg et essayiste, invite à prendre acte de la transformation sans précédent de l’enseignement depuis que ChatGPT est arrivé dans les classes. Il suggère aux professeurs de se concentrer sur les compétences qu’aucune IA ne pourra jamais transmettre. 


 

Partons de ce constat : il y a eu trois événements majeurs dans l’histoire récente de l’Occident. Le 9 novembre 1989, le 11 septembre 2001, et le 30 novembre 2022. La première date renvoie à la chute du mur de Berlin et la fin des grands récits : le libéralisme triomphant nous a fait croire que nous étions sortis de l’histoire, que la politique n’était plus une vision de l’avenir, une réalisation de l’homme. Chose largement démentie depuis à l’heure de la crise écologique et du retour des fascismes. La seconde date marque une césure inédite : l’Occident est touché en son centre névralgique, l’impérialisme américain est déstabilisé et c’est l’équilibre mondial lui-même que l’on croyait acquis avec la chute du mur qui est fragilisé à jamais. La dernière date, enfin, est celle du lancement de ChatGPT. Et ce 30 novembre 2002, pour pasticher Derrida qui le disait du 11-Septembre, n’a pas encore eu lieu : cet événement est à venir et nous n’en calculons pas encore tous les effets et toutes les mutations structurelles et civilisationnelles qui affecteront l’aventure humaine. 

ChatGPT est un agent conversationnel qui génère du texte écrit par une intelligence artificielle dont les modèles de réponses sont déjà prédéfinis et pré-entraînés. Depuis d’autres agents ont vu le jour : DeepSeek, YouChat, Gemini, etc. Qu’est-ce toutefois qu’une IA ? L’IA est une intelligence générative d’activités humaines, telle que la réflexion, la planification et la créativité. Elle peut donc réfléchir, se projeter et créer pour nous. Ce « pour nous » doit être entendu dans un double sens : elle peut le faire à notre place, et dans le but de nous rendre service. Dans le second cas, la machine est au service de l’humain ; dans le premier cas, l’humain est remplacé par la machine. C’est cette possibilité qui est problématique. L’IA peut-elle se substituer à nos compétences humaines, et si oui quelles en seraient les conséquences pour l’éducation ?

Cet article est réservé aux abonnés